Papa John Creach. San Francisco, 1971. John Creach est né le 28 mai 1917 à Beaver Falls, Pennsylvanie. Quand il rejoint Jefferson Airplane en 1970 comme violoniste permanent, il a 53 ans. Les autres membres du groupe ont entre 25 et 30 ans. Cette différence de génération aurait pu créer un fossé infranchissable. Au lieu de cela, elle a produit quelque chose de fascinant : la rencontre entre le blues et le jazz de la tradition afro-américaine des années 1940 et 1950 et le rock psychédélique de San Francisco, médiatisée par un homme qui avait vécu assez longtemps pour avoir absorbé les deux traditions de l’intérieur.
Creach avait joué du violon depuis l’adolescence. Il avait travaillé dans des clubs de jazz et de blues dans toute l’Amérique pendant des décennies, jouant pour des danseurs dans des ballrooms, accompagnant des chanteurs de blues itinérants, participant aux jam sessions de l’ère du bebop. Son style au violon combine la technique classique, l’ornementation blues, et le phrasé du jazz dans quelque chose qui lui est entièrement propre.
Sa rencontre avec Joey Covington, batteur de Jefferson Airplane, dans un club de Los Angeles avait conduit à son intégration dans la famille de l’Airplane. Covington avait amené Creach aux répétitions du groupe et l’ambiance avait été immédiatement positive. Le violon de Creach ajoutait une couleur et une profondeur à la musique de l’Airplane que les guitares et les claviers ne pouvaient pas apporter.
Grunt Records, le label créé par Jefferson Airplane pour avoir le contrôle de leur production, a sorti ce premier album solo de Creach avec enthousiasme. L’album contient des morceaux qui lui permettent de montrer l’étendue de son talent : blues instrumentaux, chansons vocales, pièces de jazz fusion qui situent son travail dans la tradition des grands violonistes de jazz américain tout en l’ancrant dans le son contemporain de son groupe.
La présence de membres de Jefferson Airplane et de Hot Tuna sur l’album crée une continuité sonore avec les deux projets. Jack Casady à la basse, Jorma Kaukonen à la guitare, Paul Kantner aux claviers : ces musiciens qui connaissaient bien Creach jouent avec lui avec une décontraction et une complicité qui donnent à l’album son atmosphère de jam extended.
Le violon dans le rock est un instrument rare. Sa présence change immédiatement la couleur d’un ensemble : elle ajoute une dimension lyrique et émotionnelle que la guitare électrique, malgré toutes ses qualités, ne peut pas reproduire. Creach utilisait son violon comme un instrument de chant, avec une expressivité vocale directe qui permettait aux auditeurs de suivre la mélodie de ses improvisations comme on suit une voix.
Papa John Creach a continué à jouer et à enregistrer jusqu’à son décès en 1994. Sa carrière avec Jefferson Airplane et ses albums solo représentent un chapitre unique dans l’histoire du rock : l’histoire d’un musicien de la vieille tradition qui avait trouvé dans la musique d’une nouvelle génération non seulement un public mais une véritable famille artistique.
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