Nina Hagen Band, Nina HAGEN (1979) : la voix qui dérange
Nina Hagen est une force de la nature musicale. Née à Berlin-Est en 1955, elle commence sa carrière en Allemagne de l’Est avant de s’installer à l’Ouest dans la deuxième moitié des années soixante-dix. Elle fonde le Nina Hagen Band et sort en 1979 son premier album éponyme chez CBS Records – un objet musical inclassable et fascinant qui mêle le punk, la new wave, l’opéra, le funk et une personnalité scénique et vocale d’une singularité absolue.
Une voix qui fait tout
La voix de Nina Hagen est son instrument principal et son arme artistique la plus puissante. Elle peut passer en quelques secondes du grave au très aigu, du parlé au chanté, du criaillé à l’opératique, d’une douceur presque naïve à une intensité qui casse les vitres. Cette maîtrise vocale extraordinaire – qui doit clairement à une formation musicale sérieuse, même si Nina Hagen se garde bien de le mettre en avant – est ce qui la distingue de tous ses contemporains punk et new wave.
Elle utilise cette voix non pas pour montrer sa technique mais pour amplifier son expressivité. Chaque changer de registre, chaque changement de couleur vocale correspond à quelque chose dans le texte ou dans l’émotion de la chanson. C’est l’utilisation la plus dramatique et la plus théâtrale de la voix dans la musique populaire de cette époque.
La provocation comme esthétique
Nina Hagen est provocatrice. Ses textes, ses tenues, ses comportements scéniques, ses interviews : tout est conçu pour déranger, pour sortir les gens de leur confort, pour pointer l’absurdité de certaines conventions sociales. Cette provocation n’est pas gratuite : elle est au service d’une vision du monde et d’un sens de l’humour qui sont distinctement les siens.
L’humour est en fait un élément central de son oeuvre que la réputation de personnage extrême peut faire oublier. Il y a dans ses chansons une ironie mordante, une capacité à ridiculiser les postures sérieuses, qui révèle une intelligence et une sensibilité plus complexes que le personnage de punk provocateur ne le laisserait croire.
Le son du Nina Hagen Band
Le groupe qui entoure Nina Hagen sur cet album est solide musicalement. Manfred Praeker à la basse, Bernhard Potschka à la guitare, Herwig Mitteregger à la batterie et Stefan Diez aux claviers forment une section rythmique et harmonique qui peut aussi bien jouer du punk que du funk ou des ballades, ce qui correspond parfaitement à la variété du matériau qu’ils enregistrent.
La production de l’album est directe et efficace. Elle ne cherche pas à embellir artificiellement un son qui tire sa force précisément de sa crudité et de son énergie directe.
L’héritage d’une originale
Nina Hagen a influencé de nombreuses artistes féminines dans les décennies qui suivent – Björk a souvent mentionné son nom parmi ses influences – et elle reste une figure de référence pour tous ceux qui pensent que la musique populaire n’a pas à choisir entre l’intelligence et l’accessibilité, entre la provocation et le plaisir, entre l’opéra et le punk.
Cet album de 1979 est le document fondateur de cette carrière hors-norme, la première déclaration d’un personnage qui ne ressemble à personne d’autre et qui le sait très bien.
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