La bombe du hard rock
1973. Montrose publie son premier album éponyme et place dans les mains des amateurs de hard rock américain l’une des collections de riffs les plus brutes, les plus directes et les plus efficaces de la décennie. Ronnie Montrose, guitariste californien qui avait joué avec Edgar Winter, forme ce groupe autour d’un chanteur de vingt-six ans nommé Sammy Hagar, dont la voix aux aigus acérés allait devenir l’un des instruments les plus reconnaissables du hard rock américain.
Ted Templeman produit l’album, lui qui produisait également les Doobie Brothers et qui produira plus tard Van Halen. Templeman a une qualité rare : il sait comment capter l’énergie live d’un groupe de rock en studio sans en perdre la spontanéité. Le son de Montrose est brutal et direct, avec la guitare de Ronnie au premier plan et la batterie de Denny Carmassi qui martèle avec une précision et une force physiques remarquables.
Rock the Nation ouvre l’album avec une attaque immédiate : Carmassi frappe, Ronnie Montrose entre avec un riff en mi puissant, et Hagar hurle. Pas de préambule, pas d’introduction progressive. Le groupe dit dès la première seconde ce qu’il est et ce qu’il veut. Cette économie de moyens et cette confiance dans l’effet direct sont les vertus cardinales du hard rock à son meilleur.
Sammy Hagar et la voix des hauts-parleurs
Sammy Hagar naît à Salinas, Californie, en 1947. Sa voix naturelle est dans l’aigu, avec une capacité à tenir des notes hautes pendant de longues durées qui fait de lui l’un des rares chanteurs de hard rock à pouvoir assurer des shows live sans recourir à des artifices de studio. Sa technique vocale est brute mais efficace : il ne cherche pas la subtilité mais l’impact, et dans le contexte du hard rock, c’est exactement ce qui est requis.
Bad Motor Scooter est un autre classique de l’album : une chanson sur la moto et la liberté de la route, thème éternel du rock américain, avec un riff qui ressemble effectivement au bruit d’une moto qui monte en régime. La façon dont Ronnie Montrose construit ses riffs, avec cette progression ascendante qui crée une tension physique avant la résolution, est caractéristique de sa façon de composer.
Ronnie Montrose joue avec une économie et une précision qui le distinguent des guitaristes qui confondent vitesse et émotion. Chaque note de ses riffs est à sa place, rien n’est superflu, tout sert la chanson. Il avait absorbé les leçons de Eric Clapton et des guitaristes blues anglais, mais les avait transposées dans un registre plus américain, plus direct, plus physique.
L’ancêtre de Van Halen
Montrose n’aura qu’une carrière courte et ne deviendra jamais la star que l’énergie de ce premier album promettait. Hagar finira par quitter pour une carrière solo avant de rejoindre Van Halen en 1985 à la place de David Lee Roth. Ronnie Montrose continuera à jouer et à enregistrer sous différentes formations avant sa mort en 2012. Mais ce premier album reste le document de ce qu’ils étaient au début, avant que les routes divergent : deux musiciens parfaitement complémentaires qui auraient pu construire quelque chose de durable si les circonstances avaient été différentes.
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