1970 Album

Hot Tuna

par HOT TUNA

4,0
Sortie 1970
Artiste HOT TUNA
Genres blues rock

Au milieu de la psychédélie électrique de Jefferson Airplane , le groupe le plus important de la scène de San Francisco des années soixante , deux musiciens ressentaient le besoin d’un retour à des sources plus intimes. Jorma Kaukonen, le guitariste, et Jack Casady, le bassiste, commencèrent à jouer des concerts acoustiques de blues en marge des activités du groupe principal. Hot Tuna, le groupe qu’ils formèrent pour ces concerts, enregistra en 1970 son premier album , un document acoustique d’une beauté et d’une sobriété qui contraste totalement avec le son de Jefferson Airplane.

Kaukonen est un guitariste folk-blues fingerpicker d’une technique exemplaire , ses influences vont de Rev. Gary Davis et Mississippi John Hurt au delta blues classique de Robert Johnson. Cette formation dans les traditions du blues rural américain, acquise pendant ses années universitaires, est le fondement de son jeu sur cet album.

L’album est enregistré live , une seule prise, peu ou pas d’overdubs, dans une atmosphère de club intime. Kaukonen à la guitare acoustique, Casady à la contrebasse (pas à la basse électrique), et Will Scarlett à l’harmonica. Le son est brut et direct, d’une honnêteté qui rappelle les enregistrements de field blues des années trente et quarante plutôt que la production sophistiquée du rock de 1970.

Les reprises de standards du blues , « Hesitation Blues », « Mann’s Fate » , montrent Kaukonen comme un interprète qui comprend les traditions qu’il reprend. Il ne les modernise pas artificiellement, ne les électrifie pas, ne les adapte pas à un goût contemporain , il les joue dans leur forme originale avec le respect d’un musicologue et la conviction d’un musicien.

Casady à la contrebasse est une surprise , les fans de Jefferson Airplane connaissaient sa basse électrique d’une lourdeur et d’une ampleur rock. À la contrebasse acoustique, il révèle une sensibilité et une technique jazz qui montrent un musicien dont la formation dépassait largement le cadre du rock psychédélique.

Hot Tuna continuera pendant les décennies suivantes , avec des formations et des styles variables (électrique dans les années soixante-dix, acoustique à nouveau dans les années quatre-vingt-dix, fusion des deux plus récemment) , comme un projet parallèle aux activités solos de Kaukonen et aux reformations occasionnelles de Jefferson Airplane et Jefferson Starship.

Le premier album acoustique de Hot Tuna est un document particulièrement précieux parce qu’il représente le son pur du blues rural américain joué par deux musiciens de rock au sommet de leurs capacités. Il n’y a pas de compromis commercial, pas de tentative de plaire à un public plus large , juste deux musiciens qui jouent la musique qu’ils aiment avec tout ce qu’ils savent.

Sur X : @hottuna

La décision de Kaukonen et Casady de créer Hot Tuna en parallèle avec Jefferson Airplane révèle quelque chose d’important sur leur rapport à la musique. Le groupe principal, aussi influent et important qu’il était, ne leur donnait pas l’espace pour exprimer cette dimension intime et acoustique de leur musicalité. Hot Tuna était l’espace de liberté , sans les contraintes de la popularité et de l’image d’un groupe majeur.

L’héritage de cet album premier est visible dans les groupes de blues acoustic revival qui ont émergé dans les années quatre-vingt-dix et deux mille , des musiciens comme Rory Block ou Chris Smither qui citent Kaukonen comme une influence dans leur approche du blues traditionnel américain. Cette filiation inattendue montre comment un album de rock peut devenir une référence dans des genres musicaux bien différents.

La tradition blues fingerpicking que Kaukonen représente , Rev. Gary Davis, Mississippi John Hurt, Blind Blake , est une tradition qui s’est transmise principalement par l’oral et par l’imitation directe, pas par la notation musicale. Kaukonen l’a apprise en disques et en observations directes de musiciens âgés, préservant une tradition qui risquait de disparaître avec ses représentants originaux. Sa maîtrise de cette tradition en fait un musicien-ethnologue au sens le plus noble du terme.

Will Scarlett à l’harmonica , dont on sait peu de choses biographiques , joue ici avec une authenticité blues qui correspond parfaitement au contexte acoustique de l’album. Son harmonica amplifié (légèrement, juste assez pour qu’il soit audible dans le mix) est dans la tradition de Sonny Terry et des maîtres du blues rural plutôt que dans celle du Chicago blues amplifié de Little Walter.

La résistance de Kaukonen et Casady au star system du rock de San Francisco , leur choix de jouer des concerts de blues intimistes en parallèle avec les grandes performances de Jefferson Airplane , montre une conscience musicale et artistique qui dépasse les calculs commerciaux. Cette intégrité artistique a peut-être limité leur visibilité commerciale, mais elle a produit une musique d’une authenticité durable.

Hot Tuna continuera à enregistrer des albums remarquables dans les années soixante-dix , First Pull Up Then Pull Down (live), Burgers (électrique) , explorant les deux pôles acoustique et électrique selon les envies du moment. Cette liberté entre les deux traditions, sans jamais avoir à choisir définitivement l’un ou l’autre, est ce qui fait l’originalité de leur parcours sur le long terme.

Le blues fingerpicking comme tradition musicale vivante a survécu en grande partie grâce à des musiciens de rock comme Kaukonen qui ont pris la peine de l’étudier sérieusement et de le jouer en concert devant des publics qui ne le connaissaient pas. Ce rôle de passeur de tradition , entre les anciens bluesmen ruraux et les jeunes publics rock des années soixante-dix , est une contribution culturelle qui dépasse la simple qualité musicale des enregistrements.

— Discographie —

Plus de HOT TUNA

Voir la fiche artiste →

La note des passionnés

4,0 /5

Pas encore noté

Donnez votre note

Continuer l'exploration

L'anthologie continue

Hot Tuna