1966 Album

For Certain Because

par The HOLLIES

4,0
Sortie 1966
Genres rock/pop rock

Les Hollies a mi-course

novembre 1966, Manchester. Les Hollies sont au sommet de leur courbe britannique. Cinq albums en trois ans, une serie de singles qui ont maintenu le groupe dans les charts avec une regularite de metronome. Allan Clarke au chant, Graham Nash a la guitare et au chant, Tony Hicks a la guitare, Bobby Elliott a la batterie, Bernie Calvert a la basse. Une machine a hits. Une machine dont Nash va bientot s’extraire pour rejoindre Crosby et Stills et inventer une autre musique.

For Certain Because, c’est le titre britannique (Evolution pour le marche americain), est le dernier album des Hollies avec Graham Nash avant sa rupture progressive. C’est aussi, retrospective- ment, l’un des meilleurs. Nash est encore la, encore engage, encore en train d’apporter ses melodies les plus genereses au groupe. Et le groupe est a son point d’efficacite maximale: la section rythmique est rodee, les harmonies a trois voix sont d’une precision chirurgicale, les arrangements de Ron Richards sont dans leur meilleure periode.

Les harmonies comme raison d’etre

Si les Byrds sont les rois de la jangle, les Hollies sont les rois de l’harmonie vocale en 1966. Clarke, Nash et Hicks forment une combinaison qui ressemble au son que les Beach Boys obtenaient en studio mais que les Hollies reproduisent sur scene sans filet. Chacun des trois sait exactement ou il doit aller dans l’accord. Clarke prend le lead, Nash construit la tierce, Hicks place la quinte avec une assurance imperturbable. Le resultat est une richesse harmonique rare dans le rock britannique de l’epoque.

« Stop Stop Stop » est le single qui tire l’album. Sorti en octobre 1966, il monte dans le top 5 britannique et dans le top 10 americain. La chanson decrit un homme obsede par une danseuse de cabaret oriental, avec un riff de banjo irlandais (il faut entendre ce detournement pour le croire) et une structure qui accelere vers son climax avec une logique de machoire qui se referme. C’est du hit craftsmanship de la meilleure espece: simple en apparence, diablement difficile a executer.

Nash avant Nash

Ce qui est fascinant avec For Certain Because, c’est qu’on peut y entendre Graham Nash en train de devenir quelqu’un d’autre. Ses compositions sur cet album montrent une sensibilite qui deborde deja du cadre Hollies. « Pay You Back with Interest » a une grandeur emotionnelle que le format pop du groupe peine a contenir. « Tell Me to My Face » est une rupture amoureuse decrite avec une acuite qui annonce les grandes chansons de CSNY quelques annees plus tard.

Nash racontera plus tard qu’il a commence a sentir, vers 1966-1967, que les Hollies ne voulaient pas aller aussi loin qu’il le souhaitait musicalement. L’episode de la tentative de faire un album sur les poemes de Dylan Thomas – refuse par le groupe – accelerera la decision finale. Mais en 1966, la rupture n’est pas encore consommee. Nash est encore la, et il donne tout.

Clarke, de son cote, chante avec une conviction qui rend meme les morceaux les plus commerciaux credibles. « Clown » est peut-etre la chanson la plus sombre et la plus reussie de l’album: un home masque de sourires qui cache une souffrance reelle. Le type de sujet que les Hollies n’avaient pas aborde aussi frontalement avant. Nash pousse, Clarke suit. Le groupe s’etire.

Le paradoxe commercial

Les Hollies sont en 1966 dans une position paradoxale: enormement populaires, pas du tout pris au serieux par la presse musicale qui juge leurs ambitions insuffisantes. Melody Maker et NME preferent les Rolling Stones, le Who, le complexe et le dangereux. Les Hollies font de la belle pop harmonieuse. Ca ne fait pas assez mal.

Cinquante ans apres, on rend a For Certain Because la place qui lui revient: un document d’un groupe a son summum, avec une homogeneite et une qualite d’ecriture qui rivalisent avec n’importe quelle production britannique de 1966. L’epoque etait riche – Beatles, Kinks, Who, Stones – mais les Hollies tenaient leur rang sans faire de bruit. C’est peut-etre ca qui les a penalises dans la mythologie: ils etaient trop efficaces, trop polis, pas assez scandaleux.

Mais « Stop Stop Stop » passe encore dans les radios oldies avec une facilite qui fait la honte des autres titres de l’epoque a la demi-vie plus courte. Et les harmonies vocales de Clarke-Nash-Hicks sonnent aussi parfaitement en 2024 qu’en novembre 1966. Le temps, parfois, remet les choses a leur place.

Ron Richards et l’art de la production discrète

Ron Richards produit les Hollies depuis le debut et son travail sur For Certain Because est un exemple de production intelligente et discrète. La reverb est presente mais mesuree. Les cordes, quand elles arrivent, soutiennent sans eclipser. Les guitares de Hicks ont ce son particulier, brillant et tranchant, qui caracterise le studio d’Abbey Road a cette epoque. Richards connaît ses musiciens depuis suffisamment longtemps pour savoir quand les laisser jouer et quand les guider. Avec Clarke, Nash et Hicks, le laisser-faire produit des merveilles. Le producteur qui intervient trop tue la magie.

Il y a aussi sur cet album une qualite de prise de son qu’on associe rarement aux Hollies: les voix sont enregistrees avec une chaleur et une proximite qui les rendent presque physiques. On entend Clarke respirer avant d’attaquer certaines phrases. On entend Nash ajuster son accord au milieu d’une chanson. Ce n’est pas de la mauvaise prise. C’est de la presence. Le studio comme espace vivant plutot que comme environnement aseptise. Les grandes productions de 1966 ont cette qualite en commun: elles sonnent comme si des humains les avaient faites.

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