1971 Album

Electronically Tested

par MUNGO JERRY

4,0
Sortie 1971
Genres rock/pop rock

1971. La révolution électronique dans la musique populaire est en marche. Les synthesizers Moog, les bandes magnétiques modifiées, les oscillateurs, les processeurs d’effets : tout cela est entre les mains d’un nombre croissant de musiciens qui comprennent que la technologie électronique ouvre des territoires sonores que les instruments acoustiques et électriques conventionnels ne peuvent pas atteindre. Les albums qui portent dans leurs titres ou leurs étiquettes la référence à l’électronique signalent cette conscience d’une transition historique dans les moyens de production musicale.

Le rock électronique de 1971 existe entre plusieurs traditions en dialogue et parfois en conflit. La tradition de la musique concrète et de l’électroacoustique européenne, représentée par Pierre Schaeffer, Karlheinz Stockhausen, et leurs nombreux disciples. La tradition américaine du free jazz électronique, nourrie par les expériences de Sun Ra et de Miles Davis sur « Bitches Brew ». Et les expériences du rock psychédélique britannique et américain qui avaient commencé à intégrer les synthétiseurs dans leurs arrangements depuis la fin des années 1960.

Un album comme « Electronically Tested » s’inscrit dans ce contexte d’exploration. Le titre lui-même est une affirmation : cette musique a traversé l’épreuve de l’électronique, elle en sort testée et validée. C’est une façon de revendiquer une appartenance à une modernité technique sans renoncer pour autant aux structures musicales qui permettent à l’auditeur non spécialiste de se repérer.

La scène de la musique électronique britannique de 1971 était particulièrement vivace. La BBC Radiophonic Workshop avait depuis des années produit des sons pour les émissions de radio et de télévision qui avaient familiarisé le public britannique avec des textures sonores inhabituelles. White Noise, le groupe fondé autour de David Vorhaus avec des ingénieurs de la Radiophonic Workshop, avait sorti en 1969 « An Electric Storm », l’un des premiers albums rock entièrement électroniques.

Les instruments électroniques de cette période avaient des personnalités propres, des comportements imprévisibles, une façon de répondre aux gestes du musicien qui était différente de tout ce que les instruments acoustiques produisaient. Le Moog synthesizer, le VCS3, l’ARP 2600 : chacun avait son caractère, ses forces et ses limites. Les musiciens qui les maniaient étaient à la fois des créateurs et des explorateurs, cartographiant un territoire musical entièrement nouveau.

La frontière entre la musique expérimentale et le rock accessible était en 1971 plus poreuse qu’elle ne l’avait jamais été. Des groupes comme Can, Amon Düül, Cluster, Tangerine Dream en Allemagne poussaient dans des directions de plus en plus radicales tout en maintenant un lien avec les structures rythmiques et mélodiques du rock. En Grande-Bretagne, des artistes comme Brian Eno (bientôt avec Roxy Music), Keith Emerson, et d’autres exploraient les possibilités des nouveaux instruments électroniques avec une curiosité et une ambition qui allaient définir la musique des décennies suivantes.

Les albums qui documentent cette période d’exploration, même quand ils ne sont pas les plus connus de leurs auteurs, sont des pierres fondamentales de l’histoire de la musique électronique populaire. « Electronically Tested » appartient à cette catégorie des oeuvres dont l’importance historique dépasse parfois la célébrité immédiate.

Sur X : @electronicrock71

La note des passionnés

4,0 /5

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Electronically Tested