1980 Album

Crimes of Passion

par Pat BENATAR

4,0
Sortie 1980
Genres pop · rock/pop rock

Pat Benatar dégaine et tire la première : bienvenue dans le crime passionnel de 1980

Imaginez la scène. Nous sommes en 1980, le disco agonise dans un dernier soubresaut de paillettes, et une petite brune d’un mètre cinquante-sept débarque avec une voix capable de fissurer le pare-brise de votre Camaro. Pat Benatar, ancienne chanteuse lyrique reconvertie en lanceuse de cocktails Molotov vocaux, sort son deuxième album, « Crimes of Passion », en août 1980. Et là, mes amis, c’est l’apocalypse en collant moulant. Ce disque ne fait pas dans la dentelle : il vous attrape par le col, vous secoue, et vous repose en vous disant merci. Le hard rock américain venait de trouver sa reine, et elle n’avait aucune intention de rendre la couronne.

Le premier album, « In the Heat of the Night », avait mis le pied dans la porte. « Crimes of Passion », lui, défonce carrément le mur porteur. On parle quand même d’un disque qui grimpera jusqu’à la deuxième place du Billboard 200, scotché plusieurs semaines derrière le « Double Fantasy » de John Lennon et Yoko Ono. Difficile de lutter contre un Beatles fraîchement disparu, hein. Mais entre nous, sur la durée, c’est Benatar qu’on a continué à hurler dans les bagnoles.

« Hit Me with Your Best Shot » : la gifle parfaite qui a tout changé

Soyons clairs : ce morceau, c’est le coup de poing fondateur. « Hit Me with Your Best Shot » devient le premier top 10 de Pat Benatar aux États-Unis, et accessoirement sa chanson signature pour les siècles des siècles. Le plus drôle dans l’histoire ? Elle ne l’a même pas écrite. Le titre sort de la plume du Canadien Eddie Schwartz, un songwriter qui a balancé là un de ces refrains qui se gravent dans le crâne dès la première écoute. Trois accords, une attitude de boxeuse, et une provocation jetée à la face de l’adversaire : vas-y, frappe, donne-moi ton meilleur coup. On a connu déclarations d’amour plus tendres, mais on en a rarement connu de plus efficaces sur un dancefloor de bal de promo.

Le refrain est une machine de guerre pop, une de ces mélodies dont tu n’arrives plus à te débarrasser, du genre qui te poursuit jusque sous la douche trois jours plus tard. Et la performance vocale de Benatar dessus est un récital de morgue rock : elle ne chante pas, elle défie. C’est ce single qui a propulsé l’album vers les sommets et installé la dame dans le paysage pour la décennie entière.

Le secret de fabrication : Olsen aux manettes, Giraldo dans les cordes

Derrière une telle déflagration, il y a des artisans. La production est signée Keith Olsen, le bonhomme qui avait déjà sculpté le son de Fleetwood Mac, et il offre ici à Benatar un écrin à la fois propre et tranchant, ce mariage improbable entre la radio-friendly AOR et la cogne hard rock. Le disque est enregistré aux Sound City Studios de Van Nuys, en Californie, ce temple du son où tant de classiques ont pris vie.

Mais le vrai complice, l’arme secrète, c’est Neil Giraldo. Le guitariste joue les guitares solo et rythmique, les claviers, pose des choeurs et co-écrit plusieurs titres dont le redoutable « Hell Is for Children ». Entre lui et Pat, ça crépite, et pas seulement sur les disques : il deviendra son mari quelques années plus tard. Voilà une collaboration musicale qui a fini en alliance, ce qui prouve qu’à force de jouer ensemble, on finit parfois par s’aimer pour de bon. Son jeu de guitare est nerveux, mordant, jamais démonstratif pour le simple plaisir de l’esbroufe. Le gars sert la chanson, et c’est ça qui fait toute la différence avec les pousseurs de manche de l’époque.

« Treat Me Right », « Hell Is for Children » : du tube qui claque à la claque dans la gueule

Réduire « Crimes of Passion » à son hit serait un crime de lèse-majesté. Il y a « Treat Me Right », qui se hisse dans le top 20 américain, un morceau plein de swagger où Benatar pose ses conditions sans trembler : tu me respectes ou tu dégages. Programme limpide, exécution impeccable.

Et puis il y a le morceau qui transforme l’album de simple machine à tubes en véritable déclaration d’artiste : « Hell Is for Children ». Co-écrit par Benatar, Giraldo et Roger Capps, ce titre aborde frontalement la maltraitance des enfants. En 1980, dans un univers rock obsédé par les bagnoles, les filles et les nuits sans fin, balancer une chanson aussi noire et aussi nécessaire, il fallait du cran. Le sujet est glaçant, le traitement est puissant, et c’est précisément ce morceau qui a fait taire ceux qui voyaient en Benatar une simple pin-up à grosse voix. Non, mesdames et messieurs : il y avait une vraie tête et un vrai coeur sous le maquillage.

Multi-platine et Grammy : le casse parfait

Le verdict commercial fut sans appel. « Crimes of Passion » finira certifié multi-platine par la RIAA aux États-Unis, soit plusieurs millions d’exemplaires écoulés. Du braquage en bonne et due forme. Mais l’argent ne fait pas tout, et la reconnaissance critique a suivi : en 1981, l’album rapporte à Pat Benatar son tout premier Grammy de la meilleure performance vocale rock féminine. Une catégorie qu’elle allait d’ailleurs squatter avec une régularité de métronome dans les années suivantes, au point qu’on aurait presque pu la rebaptiser le Grammy Benatar.

Quarante ans plus tard, « Crimes of Passion » tient toujours debout, droit dans ses bottes. C’est l’un des disques les plus cohérents et les plus rageurs de son auteure, le moment où une chanteuse douée est devenue une icône incontournable. Posez l’aiguille sur la galette, montez le son jusqu’à faire trembler les murs, et laissez la dame vous donner son meilleur coup. Croyez-moi, vous en redemanderez.

La note des passionnés

4,0 /5

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