1978 Album

City to City

par Gerry RAFFERTY

4,0
Sortie 1978

Gerry Rafferty a eu une carrière difficile avant de connaître le succès qui allait venir avec « City to City ». Écossais de Paisley, il avait cofondé Stealers Wheel avec Joe Egan dans les années soixante-dix, groupe qui avait produit « Stuck in the Middle with You », l’un des hits les plus reconnaissables de la période, avant de se dissoudre dans des querelles contractuelles et des disputes légales qui avaient paralysé la carrière solo de Rafferty pendant plusieurs années. Quand « City to City » sort en janvier 1978, c’est après une longue période de silence forcé, et l’album dit la libération d’un artiste qui avait enfin la possibilité d’exprimer ce qu’il voulait exprimer.

« Baker Street » est l’une des chansons les plus reconnaissables du rock des années soixante-dix. L’introduction de saxophone alto de Raphael Ravenscroft, six notes répétées en boucle sur un fond de guitare acoustique, est l’un des riffs les plus immédiatement identifiables de la décennie. Ravenscroft l’a improvisé lors d’une session d’enregistrement, et cette spontanéité se sent dans la façon dont la ligne semble naturelle et inévitable. La chanson raconte la vie d’un homme qui arrive à Londres rempli d’espoirs et qui découvre la dureté d’une grande ville, avec cette mélancolie douce et sophistiquée qui est la marque de Rafferty.

La voix de Rafferty est l’instrument central de l’album. Chaude et légèrement voilée, elle porte les textes avec une intimité qui fait que les chansons semblent adressées directement à l’auditeur plutôt que diffusées vers un public anonyme. Cette qualité d’intimité est rare dans la musique pop des années soixante-dix, qui tendait souvent vers la grandiloquence.

« Right Down the Line » est la chanson la plus directement optimiste de l’album, une déclaration d’amour durable qui dit la joie d’une relation stable dans un monde qui ne l’est pas toujours. La mélodie est l’une des plus belles que Rafferty ait écrites, et la production lui donne une ampleur et une chaleur qui font que la chanson semble faite pour être entendue dans de grands espaces.

Hugh Burns à la guitare joue avec une élégance et une sensibilité qui soutiennent parfaitement les compositions de Rafferty sans jamais les dominer. La façon dont il construit ses solos, économes et précis, dit un musicien qui a compris que la sobriété est souvent plus efficace que la démonstration.

La production de Hugh Murphy et Rafferty lui-même capture l’album avec une sophistication et une chaleur qui font qu’il sonne encore aujourd’hui avec une fraîcheur remarquable. Les arrangements de cordes, discrets mais présents sur plusieurs morceaux, ajoutent une couleur sans alourdir l’ensemble.

« Mattie’s Rag » et « Whatever’s Written in Your Heart » montrent d’autres facettes de Rafferty : la première est plus rythmique et plus direct, la seconde plus introspective et plus mélancolique. Cette variété de tons est ce qui fait de « City to City » un album riche et diversifié malgré la cohérence de sa palette sonore.

« City to City » a été un succès mondial massif, notamment grâce à « Baker Street » qui a atteint le sommet des charts dans de nombreux pays. Ce succès a permis à Rafferty d’enregistrer des albums suivants dans les meilleures conditions, même si aucun n’a tout à fait retrouvé l’équilibre parfait de ce premier album solo. « City to City » reste son oeuvre la plus complète et la plus représentative de ce qu’il était : un songwriter écossais d’une sensibilité extraordinaire, capable de créer de la beauté avec des mélodies simples et des textes précis.

L’influence de « Baker Street » sur la culture musicale populaire a dépassé de loin ce que Rafferty aurait pu anticiper. Cette ligne de saxophone est devenue l’une des phrases musicales les plus reconnues du vingtième siècle, reprise, samplée et référencée dans des contextes aussi variés que la musique électronique des années quatre-vingt-dix et les publicités télévisées du monde entier. Raphael Ravenscroft, qui avait joué ce solo en une seule prise de son propre aveu, aurait dû percevoir des droits substantiels mais des complications contractuelles l’en ont privé pendant de nombreuses années. L’histoire de cette ligne de saxophone et de sa postérité est une des plus instructives sur le fonctionnement de l’industrie musicale et sur la façon dont les contributions individuelles à une oeuvre collective sont parfois mal reconnues. Mais la musique elle-même transcende ces complications : « Baker Street » et « City to City » restent parmi les albums les plus beaux et les plus durables du soft rock britannique des années soixante-dix, une tradition musicale qui a produit des oeuvres d’une sophistication et d’une élégance remarquables.

Gerry Rafferty a eu une relation difficile avec le succès que « City to City » lui a apporté. Artiste introverti par nature, il était mal préparé à la célébrité soudaine et à ses exigences, et les années qui ont suivi ont été marquées par des difficultés personnelles qui ont ralenti sa production musicale. Mais les albums qu’il a enregistrés dans les meilleures périodes de sa vie montrent un musicien d’une sensibilité et d’un talent rares, capable de transformer des expériences personnelles en chansons universellement accessibles. « City to City » reste son chef-d’oeuvre, l’album où tout s’est aligné pour produire quelque chose d’irremplaçable.

La note des passionnés

4,0 /5

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