1979 Album

Buy

par James CHANCE

4,0
Sortie 1979
Genres jazz-funk · no wave · post punk

Buy, James CHANCE and the Contortions (1979) : le funk qui dérange

James Chance est l’un des personnages les plus originaux et les plus inclassables de toute la scène no-wave new-yorkaise de la fin des années soixante-dix. Saxophoniste formé au jazz, performeur imprévisible, compositeur qui refuse toute catégorie établie, il fonde les Contortions et développe un son unique : le no-wave funk, mélange abrasif de jazz free, de funk électrique et d’une énergie punk qui ne ressemble à rien d’autre de son époque. Buy, sorti en 1979 chez ZE Records, est l’album qui documente le mieux cette vision singulière.

Le saxophone contre-nature

James Chance joue du saxophone d’une façon qui met mal à l’aise les amateurs de jazz conventionnel et qui fascine ceux qui cherchent autre chose. Il utilise l’instrument non pas pour produire des lignes mélodiques lisses mais pour créer des sons tranchants, des phrases courtes et incisives, des interventions qui perturbent plutôt qu’elles n’accompagnent. Ce refus de la beauté conventionnelle du saxophone est une déclaration esthétique.

Cette approche du saxophone doit quelque chose aux free jazzmen des années soixante – Ornette Coleman, Albert Ayler – mais elle est filtrée par l’énergie du punk et l’urgence du no-wave. Chance a absorbé ces influences et les a transformées en quelque chose qui lui appartient entièrement.

Le funk désarticulé

Le fond rythmique des Contortions est du funk – il y a un groove, une pulsion de danse, une invitation au mouvement. Mais ce funk est déstructuré, fragmenté, comme si les pièces d’une machine ordinaire avaient été réassemblées dans le désordre. Le résultat est à la fois irrésistible et déstabilisant : le corps veut danser mais ne sait pas tout à fait sur quoi s’appuyer.

Cette tension entre l’invitation à la danse et la résistance à toute facilité est l’essence même de ce que Chance cherche. La musique doit travailler l’auditeur, pas le conforter. Elle doit créer une friction productive plutôt qu’un plaisir passif.

ZE Records et la scène downtown

ZE Records, fondé par Michel Esteban et Cristina Monet, est le label qui capture le mieux la scène no-wave et mutant-disco de New York à la fin des années soixante-dix. Entre les Contortions, Kid Creole and the Coconuts et Cristina, il représente un moment culturel particulier : celui où les artistes du downtown new-yorkais explorent les connexions entre l’avant-garde musicale et la culture de danse.

Cet album s’inscrit dans ce moment avec une cohérence totale. Il est fait pour un public précis, dans une ville précise, à un moment précis – et cette spécificité est précisément ce qui lui donne son caractère et sa durabilité.

L’héritage du chaos organisé

Buy reste un disque de référence pour quiconque s’intéresse aux marges du funk et du jazz expérimental américain. James Chance a maintenu sa vision artistique intacte au fil des décennies, continuant à jouer et à enregistrer avec la même intransigeance. C’est la marque d’un artiste qui sait exactement ce qu’il cherche et qui ne se laisse pas détourner de cette quête.

La note des passionnés

4,0 /5

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