1979 Album

Queen of Siam

par Lydia LUNCH

4,0
Sortie 1979

Queen of Siam, Lydia LUNCH (1979) : l’avant-garde au féminin

Lydia Lunch est l’une des figures les plus radicales et les plus intransigeantes de toute la scène no-wave new-yorkaise de la fin des années soixante-dix. Chanteuse du groupe Teenage Jesus and the Jerks avant de poursuivre une carrière solo qui ne sera jamais définie par les contraintes commerciales, elle publie Queen of Siam en 1979 chez ZE Records, le même label qui accueille les Contortions de James Chance. C’est un album inclassable, sombre, littéraire et provocateur – un portrait de la New York nocturne des années soixante-dix.

La voix comme instrument d’expression totale

La voix de Lydia Lunch n’est pas conventionnellement belle – elle ne cherche pas à l’être. Elle est expressive, intense, parfois parlée plutôt que chantée, parfois criée, parfois murmurée avec une intimité qui crée un malaise et une fascination simultanés. Cette façon d’utiliser la voix comme instrument d’expression totale plutôt que comme vecteur de mélodie est la marque de l’avant-garde musicale, et Lunch l’applique avec une conviction et une cohérence absolues.

Son rapport au texte est celui d’une poète – elle vient autant de la littérature que de la musique, et ses influences incluent des écrivains comme William Burroughs, Henry Miller ou Anne Sexton autant que des musiciens. Cette littérarité donne à ses textes une densité et une complexité que beaucoup de musiciens n’atteignent pas.

Les arrangements sophistiqués

Contrairement à ce qu’on pourrait attendre d’une artiste no-wave, Queen of Siam comporte des arrangements relativement sophistiqués – des cordes, des cuivres, des textures sonores qui créent un contraste intéressant avec la nature radicale du contenu. Ce contraste entre la sophistication formelle et la radicalité du propos est l’une des choses les plus originales de l’album.

James Chance contribue comme saxophoniste sur certains titres, apportant ses interventions caractéristiquement abrasives. La communauté musicale du downtown new-yorkais fonctionne ainsi : les artistes se croisent, collaborent, s’influencent mutuellement.

Le texte comme territoire

Les textes de Lunch explorent des territoires que beaucoup d’artistes évitent : les relations de pouvoir, la violence symbolique des conventions sociales, la sexualité comme terrain politique, la façon dont les institutions et les structures sociales façonnent et limitent l’expression individuelle. Elle aborde tout cela avec une franchise directe qui peut être inconfortable mais qui ne l’est jamais gratuitement.

Un document de la scène no-wave

Queen of Siam est un document majeur de la scène no-wave new-yorkaise, un mouvement artistique bref mais intense qui a produit des oeuvres d’une originalité et d’une radicalité remarquables. Lydia Lunch en est l’une des figures les plus cohérentes et les plus importantes, une artiste qui n’a jamais trahi sa vision pour des raisons de commodité commerciale.

La note des passionnés

4,0 /5

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