1991 Album

Bandwagonesque

par TEENAGE FANCLUB

4,0

Le grand retour du power pop

1991, annus mirabilis du rock alternatif. Pendant que Nirvana fait exploser les compteurs et que My Bloody Valentine réinvente le mur du son, quatre Ecossais débarquent avec un disque qui sent bon les harmonies vocales et les mélodies en sucre filé. Bandwagonesque, deuxième album de Teenage Fanclub, signe à sa manière le grand retour du power pop, ce genre noble et mal aimé qu’on croyait endormi depuis les seventies.

Si les guitares sont plutot noisy, hérissées de feedback et de saturation, la production met surtout en avant un sens mélodique éblouissant. Le groupe de Glasgow, mené par le trio Blake-McGinley-Love, assume sans complexe son amour des refrains qui restent en tete. A contre-courant de l’austérité ambiante, ces garcons-là ont décidé qu’on avait encore le droit de sourire en faisant du rock.

Sous le signe des Beatles et de Big Star

Impossible d’écouter ce disque sans penser à ses illustres ancetres. Les mélodies et les harmonies vocales à la Beatles éclatent à chaque détour, ces empilements de voix qui font monter les larmes aux yeux des mélomanes. Et l’on songe immanquablement à Big Star, le groupe maudit d’Alex Chilton, dont Teenage Fanclub se pose en héritier direct et revendiqué.

Mais attention, il ne s’agit pas de simple décalque. Le groupe digère ses influences, les fond dans un creuset bien à lui. La rugosité des guitares, héritée du rock indépendant de l’époque, vient frotter contre la douceur des harmonies. De ce mariage des contraires nait une signature sonore immédiatement reconnaissable, à la fois tendre et abrasive.

L’art de la mélodie immédiate

Ce qui fait la force de Bandwagonesque, c’est cette générosité mélodique sans calcul. Les morceaux s’enchainent comme autant de petits bijoux pop, chacun portant son crochet imparable, son pont inattendu, son harmonie qui chavire. Le groupe ne thésaurise pas ses idées, il les distribue à pleines mains.

Cette abondance pourrait virer à la facilité, mais il n’en est rien. Derrière l’apparente légèreté se cache un vrai savoir-faire, une science de l’arrangement qui doit beaucoup aux maitres du genre. Chaque guitare est placée avec soin, chaque voix trouve sa place dans l’edifice. C’est de l’artisanat de haute volée, déguisé en plaisir immédiat.

Une influence comparable aux géants

On l’a dit, ce disque va exercer une influence comparable au Nevermind de Nirvana ou au Loveless de My Bloody Valentine, sortis la meme année. Dans une époque dominée par l’angoisse grunge et les expérimentations du shoegaze, Teenage Fanclub rappelle qu’une bonne chanson, bien fichue, reste une valeur sure.

Toute une génération de groupes à venir s’engouffrera dans la breche ainsi ouverte. Le power pop mélodique, ce filon que beaucoup croyaient épuisé, retrouve grace à eux ses lettres de noblesse. L’héritage est considérable, meme s’il s’exerce souvent dans l’ombre des noms plus tapageurs de l’époque.

La nonchalance écossaise

Il y a dans ce disque une décontraction, une absence de pose qui font un bien fou. Teenage Fanclub ne se prend pas au sérieux, ne cherche pas à révolutionner quoi que ce soit. Le groupe fait simplement ce qu’il aime, avec une sincérité désarmante et un sens de l’autodérision typiquement britannique.

Cette modestie est une élégance. Loin des postures de rock star, les Ecossais cultivent une image de bons copains qui jouent de la musique pour le plaisir. Et cela s’entend : Bandwagonesque respire la joie de jouer ensemble, le bonheur simple des harmonies partagées entre amis.

Un classique intemporel

Les années ont passé, les modes ont défilé, mais Bandwagonesque n’a pas pris une ride. Sa fraicheur mélodique reste intacte, son charme opère toujours autant. C’est le propre des grands disques pop : échapper à leur époque pour atteindre une forme d’éternité.

Pour qui veut comprendre comment on peut etre à la fois noisy et mélodique, alternatif et accessible, ce disque demeure une lecon magistrale. Teenage Fanclub y a déposé tout son talent, toute sa générosité, et le résultat continue d’enchanter quiconque sait apprécier une harmonie vocale bien sentie. Un trésor écossais qu’il faut chérir.

L’esprit pop dans toute sa splendeur

Ce qui rend Bandwagonesque si attachant, au fond, c’est sa foi inébranlable dans la chanson pop comme forme suprème. A une époque ou tant de groupes cherchaient à compliquer, à brouiller, à se prendre au sérieux, Teenage Fanclub a osé revendiquer le plaisir simple d’une belle mélodie. Ce courage de la légèreté, paradoxalement, demandait une certaine audace.

Le disque rappelle que la grande pop n’est jamais facile à faire, qu’elle exige un savoir-faire considérable derrière son apparente évidence. Les harmonies vocales, les arrangements de guitares, le sens du tempo : tout y est pensé, ciselé, perfectionné. C’est cette alliance du naturel et de la maitrise qui fait des Ecossais des orfèvres de la chanson. Un disque solaire qui réconcilie avec la joie pure de la musique, et dont on ne se lasse jamais.

— Discographie —

Plus de TEENAGE FANCLUB

Voir la fiche artiste →

La note des passionnés

4,0 /5

Pas encore noté

Donnez votre note

Continuer l'exploration

L'anthologie continue

Bandwagonesque