1989 Album

Sittin’ Pretty

par The PASTELS

4,0
Sortie 1989
Genres indie pop

The Pastels, l’innocence comme manifeste

Il y a des groupes dont l’influence depasse de loin les ventes. The Pastels en font partie, ces Ecossais de Glasgow qui ont fait de la fragilite et de la maladresse assumee un art veritable. Avec « Sittin’ Pretty », paru en 1989, la bande menee par Stephen McRobbie etoffe considerablement son son sans rien perdre de sa fraicheur, signant l’un de ses disques les plus aboutis. Une belle densite sonore, un enregistrement soigne, et toujours cette grace particuliere qui n’appartient qu’a eux.

Le mouvement indie pop ecossais et britannique de la fin des annees 80, heritier de la fameuse compilation C86, avait fait de la modestie une vertu. Contre les esbroufes du rock virtuose et les paillettes de la pop FM, ces groupes revendiquaient l’amateurisme, la tendresse, le bricolage. The Pastels en sont l’incarnation la plus pure, des musiciens pour qui la chanson compte plus que la carriere, l’emotion plus que la technique, l’authenticite plus que le succes.

Un hobby devenu legende

Car les Pastels n’ont jamais joue le jeu de l’industrie. Changements de labels, changements de musiciens, ni l’ambition ni le plan de carriere ne sont de rigueur chez eux. La vie universitaire passe avant, la musique reste de l’ordre du loisir passionne, et c’est precisement ce detachement qui donne a leur oeuvre sa liberte si rare. Ils n’ont rien a prouver, rien a vendre, juste des chansons a offrir, et cette gratuite se ressent dans chaque note.

Et pourtant, l’influence des Pastels va se reveler considerable. Toute une generation de groupes indie, en Ecosse et ailleurs, se reclamera de cet esprit, de cette esthetique de la douceur et de la sincerite. « Sittin’ Pretty » sonne d’ailleurs etrangement moderne, au point qu’il pourrait tout a fait passer pour l’album d’un nouveau groupe des annees 2000. Voila la marque des oeuvres qui comptent vraiment, celles qui anticipent sans le savoir les sons a venir.

Ecoutez la chaleur de ces arrangements, ces melodies qui semblent ecloses sans effort, ces voix qui ne cherchent jamais la performance. Il y a dans la musique des Pastels une innocence qui desarme, un refus de la pose qui touche droit au coeur. Stephen McRobbie chante comme il parle, sans artifice, et cette simplicite est en realite le fruit d’une exigence artistique tres haute, celle qui consiste a ne jamais tricher, a ne jamais en rajouter.

Le groupe a essaime bien au dela de son cercle initial. On retrouve sa trace dans l’indie pop britannique des decennies suivantes, dans cette facon de marier les guitares jangly, les melodies douces amere et une certaine timidite revendiquee. Sans les Pastels et leurs pareils, des pans entiers de la musique independante moderne n’auraient pas la meme couleur. Leur discretion meme fait partie de leur legende, celle d’eternels outsiders devenus references.

« Sittin’ Pretty » merite d’etre redecouvert par tous ceux qui croient que la grandeur en musique passe forcement par l’ambition et la demonstration. Les Pastels prouvent le contraire, qu’on peut marquer son epoque en restant fidele a une certaine idee de la pureté, en faisant de la musique pour le plaisir et l’amitie plutot que pour la gloire. Un disque attachant, humble et lumineux, signe par l’un des secrets les mieux gardes du rock independant ecossais.

Une influence souterraine

Glasgow, dans les annees 80, bouillonne de groupes qui refusent les codes du rock dominant. Autour des Pastels gravite toute une scene de musiciens partageant les memes valeurs, la meme defiance envers l’industrie, le meme amour des melodies simples et sinceres. Cette communaute informelle, soudee par l’amitie plus que par l’ambition, deviendra l’un des terreaux les plus fertiles de la musique independante britannique, irriguant des decennies de creation.

Le paradoxe des Pastels, c’est d’avoir exerce une influence considerable tout en restant volontairement a la marge. Leur refus du compromis, leur fidelite a une certaine idee de la purete artistique, ont inspire d’innombrables groupes qui se sont reconnus dans cette demarche. Sans chercher la gloire, ils ont trace un chemin que beaucoup ont emprunte apres eux, prouvant qu’on pouvait exister durablement loin des circuits commerciaux.

« Sittin’ Pretty » temoigne de cette grace particuliere, de cette capacite a faire du beau avec peu. Le disque n’a peut etre pas fait trembler les charts, mais il a touche ceux qui comptaient, ces auditeurs et musiciens qui cherchaient autre chose que les formules eprouvees. C’est souvent ainsi que naissent les revolutions souterraines, loin du bruit, dans la fidelite obstinee a une vision. Les Pastels en sont l’exemple parfait, modeste et lumineux.

Modeste en apparence, « Sittin’ Pretty » cache une richesse que seules les oreilles attentives sauront apprecier. Les Pastels n’ont jamais cherche a en mettre plein la vue, preferant la justesse a l’esbroufe, l’emotion a la demonstration. C’est precisement cette retenue qui rend leur musique si attachante, si durable. Un disque a savourer dans l’intimite, loin du tumulte, comme une confidence murmuree par des amis sinceres et talentueux.

La note des passionnés

4,0 /5

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Sittin’ Pretty