The Mind Is a Terrible Thing to Taste, MINISTRY (1989) : la machine devenue folle
A la fin des annees 80, pendant que le grand public se trémousse sur la pop synthetique, un Cubain de Chicago repond au nom de Al Jourgensen forge dans l’ombre une musique brutale et deshumanisee qui va tout changer. Avec Ministry, il invente un metal industriel d’une violence inouie, marie les guitares tranchantes aux samples agressifs et aux rythmes mecaniques. En 1989, le groupe atteint un premier sommet avec The Mind Is a Terrible Thing to Taste, paru chez Sire.
D’esthete synth-pop a tortionnaire industriel
L’histoire d’Al Jourgensen est celle d’une mue radicale. Ministry avait debute au milieu des annees 80 dans un registre synth-pop poli, presque mielleux, que son auteur a fini par renier avec degout. Album apres album, il a durci le son, ajoute des guitares, accelere les tempos, jusqu’a creer un monstre sonore sans equivalent. The Mind Is a Terrible Thing to Taste represente l’aboutissement de cette transformation : une musique de fin du monde, dense, oppressante, magnifique de noirceur.
Thieves, le brulot
« Thieves » ouvre le bal comme un coup de masse. Sur un riff implacable et une rythmique martiale, Jourgensen crache sa rage contre les voleurs de toutes especes, samples de coups de feu et de fureur a l’appui. Le morceau devient un classique du genre, l’un de ces titres qui vous prennent a la gorge et ne lachent plus. C’est de la musique physique, viscerale, faite pour secouer les corps et les esprits.
Burning Inside et la transe metallique
« Burning Inside » pousse plus loin encore la logique de transe industrielle. Le tempo s’emballe, les guitares se superposent en couches saturees, la voix de Jourgensen, deformee, hurle comme un possede. Avec son complice Paul Barker a la basse et a la programmation, il construit des cathedrales de bruit ou la repetition devient hypnose. « So What », titre fleuve, deroule sa colere nihiliste sur fond de samples provocateurs. L’auditeur ressort de la sonne, lessive, et curieusement galvanise.
Le son d’une epoque qui bascule
Ce disque arrive a un moment charniere. Le metal industriel, jusque-la confidentiel, s’apprete a percer aupres d’un public plus large. Ministry ouvre la voie a toute une generation, de Nine Inch Nails a Rammstein en passant par Godflesh. Sa fusion du metal et de la machine, sa violence canalisee, sa puissance hypnotique vont essaimer dans tout le rock dur des annees 90. Jourgensen est un pionnier qui ne recevra peut-etre pas tous les honneurs qu’il merite, mais dont l’influence est immense.
Un monument de brutalite controlee
The Mind Is a Terrible Thing to Taste n’est pas un disque facile, ni un disque pour tout le monde. C’est une experience radicale, un voyage dans les profondeurs les plus sombres du rock, ou la technologie au lieu d’adoucir l’humain en revele la part la plus monstrueuse. Mais pour qui sait l’apprivoiser, c’est aussi un chef-d’oeuvre de puissance et d’intransigeance. Trente ans apres, sa colere mecanique n’a rien perdu de sa force de frappe. Ministry avait compris avant tout le monde que le futur du metal serait fait de chair et de circuits imprimes.
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