1987 Album

Up for a Bit with the Pastels

par The PASTELS

4,0
Sortie 1987
Genres indie pop

Glasgow, 1987 : la pop bancale lève le poing (mollement, mais avec coeur)

Imaginez la scène. Glasgow, milieu des années 80. Pendant que le reste de la planète rock se gomine les cheveux et branche des synthés gros comme des frigos, une bande de gamins écossais décide que non, merci, ils joueront faux, ils chanteront de travers, et ce sera magnifique. Ce sont THE PASTELS, menés par un certain Stephen McRobbie, alias Stephen Pastel, un mélomane obsessionnel qui a accidentellement inventé une manière d’être en groupe. Leur premier album, « Up for a Bit with The Pastels », débarque début 1987 sur le label Glass Records. Et croyez-moi, rien ne sera plus jamais tout à fait pareil dans l’underground.

Le titre, déjà, est un manifeste. « Up for a Bit », soit en gros : « partant pour un petit moment ». Pas pour la gloire, pas pour les stades, pas pour la postérité. Juste pour un petit moment. Toute la philosophie du groupe tient dans cette pirouette modeste. Voilà des gens qui ne veulent pas vous écraser, ils veulent vous tenir la main dans le noir.

Le disque qui transforme la maladresse en religion

L’album aligne une dizaine de titres qui partent dans tous les sens, et c’est précisément ça qui décoiffe. La formation de l’époque, c’est McRobbie à la guitare et au chant, entouré de sa petite bande de complices. Une vraie tribu de copains, pas une machine de guerre.

Ça vous balade du garage pop le plus crado jusqu’à des ballades caressées de nappes presque tendres. Le truc, c’est que les Pastels n’ont jamais cherché à bien jouer. Ils ont cherché à jouer vrai. Le credo DIY (« do it yourself », débrouille-toi tout seul) poussé à son comble : pas besoin d’être Eddie Van Halen pour faire vibrer une salle, il suffit de trois accords approximatifs et d’une sincérité à vous fendre l’âme. C’est l’anti-virtuosité érigée en art de vivre. Les puristes du manche hurlent ? Tant mieux. C’est le but.

Twee, C86 et le grand malentendu

On colle souvent aux Pastels l’étiquette « twee » : cette pop jangle fragile, mélodique, presque enfantine, des gamins en duffle-coat qui chantent l’amour timide avec des guitares carillonnantes. Et de fait, le groupe a figuré sur la mythique compilation C86 du NME, le baptême officiel de toute une génération indie pop britannique, ce moment où une poignée de groupes amateurs ont décidé que l’imperfection était la nouvelle élégance.

Sauf que, ironie délicieuse, les Pastels ont passé leur carrière à se débiner. Le groupe a toujours cherché à prendre ses distances avec le twee et avec ce rock brinquebalant et débraillé qu’on leur attribuait. On les couronne rois d’un royaume qu’ils refusent. Très Pastels, ça. Trop cools pour porter la couronne qu’on leur tend. Cette élégance du retrait, ce refus de capitaliser sur leur propre légende, fait partie intégrante du charme bancal de la maison.

Quand Kurt Cobain te cite, t’as gagné (même sans vendre un disque)

Et c’est là que l’histoire devient franchement vertigineuse. Parce que ce petit disque modeste, ce « Up for a Bit » qui ne demandait rien à personne, va devenir une bible secrète. Parmi les artistes qui ont encensé ce premier album, on cite régulièrement Jesus and Mary Chain, Primal Scream, Sonic Youth, Yo La Tengo, et un certain Kurt Cobain de Nirvana. Vous avez bien lu. Le futur messie du grunge, l’homme qui allait faire exploser le rock mondial en 1991, traînait dans ses bagages l’amour des Pastels.

Réfléchissez deux secondes à l’absurdité magnifique de la chose. Pendant que ces Écossais jouaient pour trois pelés dans des salles paroissiales, ils alimentaient en douce le logiciel mental de toute une génération qui allait renverser l’industrie. L’album n’a pourtant pas mis le feu au monde à sa sortie. Échec commercial, triomphe souterrain. La plus belle des revanches : celle qu’on ne réclame pas.

Glasgow leur dit merci (et nous aussi)

Au-delà du petit cercle des génies américains, c’est toute une ville qui doit une fière chandelle aux Pastels. On crédite souvent ce disque d’avoir aidé à insuffler de la confiance à la scène glaswégienne. Traduction : sans ces hurluberlus qui ont prouvé qu’on pouvait faire de la musique sans permission, sans label majeur, sans talent technique officiel, est-ce que Belle and Sebastian, Mogwai ou Franz Ferdinand auraient seulement osé brancher un ampli ? La filiation est revendiquée, l’ADN est partout.

Voilà la grande leçon de « Up for a Bit with The Pastels » : un disque peut rater son époque et gagner l’éternité. AllMusic lui colle quatre étoiles sur cinq, et nous, à Discrock, on lui décerne la médaille du courage. Le courage d’être maladroit. Le courage d’être tendre. Le courage de jouer faux quand tout le monde répète. Mettez ce vinyle, fermez les yeux, et laissez ces guitares de guingois vous rappeler une vérité qu’on oublie trop souvent : le rock n’a jamais été une affaire de perfection. C’est une affaire de coeur qui déborde. Et niveau coeur, les Pastels jouent dans la cour des grands.

La note des passionnés

4,0 /5

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Up for a Bit with the Pastels