1988 Album

16 Lovers Lane

par The GO-BETWEENS

4,0
Sortie 1988

Le chant du cygne lumineux des poetes australiens

Il y a des disques qui ressemblent a un dernier ete avant la separation. « 16 Lovers Lane », sixieme album des Go-Betweens paru en 1988, est de ceux-la. Ce groupe australien, mene par le duo de songwriters Robert Forster et Grant McLennan, y atteint un sommet de grace pop, signant ce qui restera, pour beaucoup, leur disque le plus accompli et le plus accessible. Une collection de chansons d’amour ciselees, baignees de soleil, traversees d’une melancolie douce-amere. Et, sans qu’ils le sachent vraiment, leur adieu pour de longues annees.

Les Go-Betweens etaient le secret le mieux garde du rock des annees 80. Adules par la critique, aimes d’un public fidele mais restreint, ils n’ont jamais connu le succes massif que leur talent appelait. Forster et McLennan formaient l’un de ces duos d’ecriture magiques, a la Lennon et McCartney, deux sensibilites complementaires qui se repondaient et se sublimaient mutuellement. Sur « 16 Lovers Lane », cette alchimie touche au sublime.

Streets of Your Town : la noirceur cachee sous le soleil

Le single phare, « Streets of Your Town », est un petit miracle de pop. Une melodie ensoleillee, une guitare qui scintille, un refrain qui s’accroche immediatement. On pourrait croire a une simple chanson d’ete insouciante. Mais ecoutez bien les paroles, signees McLennan : derriere la lumiere, il est question de violence conjugale, de villes etouffantes, de desespoir tranquille. Cette tension entre la douceur de la musique et la durete du propos, c’est la marque des grands.

Le morceau aurait du etre un tube enorme. Il ne le fut pas vraiment, victime de la malediction commerciale qui collait au groupe. Mais avec le temps, il est devenu un classique adore, repris, cite en exemple, le genre de chanson que les connaisseurs brandissent comme une evidence. La preuve qu’on peut etre parfaitement pop et profondement subtil, sans choisir.

Deux plumes, mille nuances de sentiment

Le disque entier vit de ce dialogue entre Forster et McLennan. McLennan, le melodiste, l’auteur des refrains les plus immediats et solaires. Forster, le plus anguleux, le plus litteraire, celui qui amene une etrangeté bienvenue. Ensemble, ils couvrent toute la gamme des sentiments amoureux : le desir, la jalousie, la tendresse, la rupture. « Love Goes On », « Quiet Heart », « Was There Anything I Could Do » : autant de joyaux qui meritent une place dans n’importe quelle anthologie de la pop intelligente.

Il faut aussi saluer Amanda Brown, multi-instrumentiste qui apporte violon, hautbois et harmonies, enrichissant considerablement la palette du groupe. Les arrangements de « 16 Lovers Lane » sont d’une delicatesse remarquable, jamais surcharges, toujours au service de l’emotion. C’est de la pop de chambre, raffinee, ou chaque instrument trouve sa juste place.

La fin d’un chapitre, le debut d’un culte

Apres ce disque, les Go-Betweens se separerent, laissant les fans orphelins. Forster et McLennan poursuivirent des carrieres solo respectees avant de reformer le groupe au debut des annees 2000, jusqu’a la mort prematuree de McLennan en 2006, qui mit un point final tragique a l’aventure. « 16 Lovers Lane » reste donc le sommet de leur premiere epoque, le moment ou tout etait parfaitement aligne.

Avec les annees, la reputation du groupe n’a fait que grandir. On les cite aujourd’hui parmi les plus grands songwriters de leur generation, et « 16 Lovers Lane » est regulierement classe parmi les meilleurs disques australiens de tous les temps. C’est un album d’une beaute presque insolente, plein de soleil et d’ombres, de chansons qui semblent simples et qui cachent des abimes. Le genre de disque qu’on garde toute une vie, comme le souvenir d’un amour qu’on n’a jamais vraiment oublie.

La reconnaissance tardive d’un groupe essentiel

Le destin des Go-Betweens illustre cette cruelle verite : le talent ne garantit jamais le succes. Pendant toute leur premiere carriere, Forster et McLennan ont accumule les chefs-d’oeuvre dans une relative indifference du grand public, adules par une poignee de critiques et de fans devoues mais jamais propulses au sommet qu’ils meritaient. « 16 Lovers Lane », malgre sa perfection pop, ne fit pas exception, et le groupe se separa peu apres, decu et fatigue de pousser un rocher qui retombait sans cesse.

Mais l’histoire a fini par leur rendre justice. Au fil des annees, leur reputation n’a cesse de grandir, portee par une nouvelle generation de musiciens qui les citaient comme une influence majeure. On a redecouvert la finesse de leur ecriture, la beaute de leurs melodies, l’intelligence de leurs textes. Dans leur Australie natale, un pont de Brisbane a meme ete rebaptise en leur honneur, hommage rare a un groupe de rock. « 16 Lovers Lane » trone desormais dans tous les classements des plus grands disques australiens, et « Streets of Your Town » est devenu un classique intemporel. La mort de Grant McLennan en 2006 a scelle tragiquement la legende, mais elle a aussi rappele au monde quel tresor representait ce duo. Mieux vaut tard que jamais : les poetes de Brisbane ont enfin la place qu’ils n’auraient jamais du quitter.

La note des passionnés

4,0 /5

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16 Lovers Lane