1989 Album

Good Deeds and Dirty Rags

par GOODBYE MR. MACKENZIE

4,0
Sortie 1989
Genres post punk

Good Deeds and Dirty Rags, GOODBYE MR. MACKENZIE (1989) : l’Ecosse sombre et magnetique

Voici l’un de ces disques que l’histoire a un peu oublies mais que les vrais connaisseurs gardent precieusement, comme un secret de famille. Good Deeds and Dirty Rags, premier album de Goodbye Mr. Mackenzie, sort en 1989 et porte deja en germe une revolution discrete : dans les choeurs et derriere les claviers se cache une jeune femme rousse de Edimbourg qui repond au nom de Shirley Manson. Quelques annees plus tard, elle deviendra la voix incandescente de Garbage et vendra des millions de disques. Mais en 1989, elle apprend le metier au sein de ce groupe ecossais robuste mene par Martin Metcalfe.

Bathgate, terre de rock

Le groupe vient de Bathgate, ville ouvriere du West Lothian, entre Edimbourg et Glasgow. Autant dire qu’on ne nait pas la-bas avec une cuillere en argent dans la bouche. Cette origine prolétaire imprime au disque une gravite particuliere, une noirceur typiquement ecossaise que l’on retrouve chez Simple Minds des debuts ou chez les Associates. La voix de Martin Metcalfe, profonde et theatrale, plane sur des arrangements ou les guitares dialoguent avec les claviers atmospheriques.

The Rattler, le serpent qui mord

Le morceau qui resume tout, c’est « The Rattler ». Construit sur un riff hypnotique et un refrain venimeux, il devient le porte-drapeau du groupe, un quasi-tube qui tourne sur les radios indé et fait danser les clubs. Le titre evoque le serpent a sonnette, et c’est exactement l’impression que laisse la chanson : une menace rampante, sensuelle, qui s’enroule autour de l’auditeur. C’est du grand rock anglo-saxon de la fin des annees 80, avec ce melange de noirceur post-punk et d’ambition mélodique.

L’ombre de Shirley Manson

Impossible de réécouter ce disque aujourd’hui sans tendre l’oreille vers les harmonies vocales. Shirley Manson n’est encore qu’une choriste et claviériste, mais sa presence colore deja les morceaux d’une lumiere particuliere. On sait avec le recul ce qu’elle deviendra : l’une des frontwomen les plus charismatiques des annees 90, capable de fragilite et de feroce assurance dans la meme phrase. Goodbye Mr. Mackenzie aura ete son ecole, le lieu ou elle a appris a domestiquer une scene et un studio.

Entre lumiere et crasse

Le titre de l’album, Good Deeds and Dirty Rags, « bonnes actions et chiffons sales », dit bien la dualite du propos. Metcalfe ecrit des chansons qui parlent de redemption et de decheance, de morale et de fange, avec une plume litteraire qui le distingue de bien des paroliers de l’epoque. Il y a du Nick Cave dans cette obsession du peche et du salut, du Jacques Brel dans le sens du drame. Le groupe ne fera jamais l’unanimite des foules, mais il cultivait une vraie exigence d’ecriture.

Un classique souterrain

Goodbye Mr. Mackenzie n’a jamais perce a la mesure de son talent, victime peut-etre d’une epoque qui changeait vite et d’un nom de groupe a coucher dehors. Mais Good Deeds and Dirty Rags demeure un disque culte pour qui aime le rock ecossais sombre et habite. Et puis il y a cette delicieuse ironie de l’histoire : le groupe qui n’a pas reussi a devenir grand aura abrite, le temps d’un apprentissage, l’une des plus grandes voix de la decennie suivante. Rien que pour cela, ce disque merite qu’on l’exhume.

La note des passionnés

4,0 /5

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Good Deeds and Dirty Rags