VINYLE
2005 Album

The Bravery

par The BRAVERY

4,0
Sortie 2005

The Bravery, THE BRAVERY (2005) : New York revient à la danse

En 2005, il y a une nouvelle vague dans la musique populaire anglophone. Après les White Stripes et les Strokes qui avaient ramené les guitares brutes dans le mainstream en 2001, après les Yeah Yeah Yeahs qui avaient prouvé qu’une chanteuse punk pouvait aussi faire une ballade déchirante, après Franz Ferdinand qui avaient fusionné le post-punk de Gang of Four avec la pop dansante, voilà les Bravery.

New York, encore. Cinq garçons : Sam Endicott (chant), Michael Zakarin (guitare), John Conway (claviers), Mike Hindert (basse), Anthony Burulcich (batterie). Leur album éponyme sort en avril 2005 chez Island Records. Il est produit par Tom Dowd, le légendaire producteur d’Aretha Franklin et des Allman Brothers, ce qui est en soi une curiosité fascinante.

An Honest Mistake et la synth-pop qui revient

« An Honest Mistake » est le premier single et c’est une chanson qui résume parfaitement ce que les Bravery cherchent à faire : le post-punk de Joy Division et New Order mélangé au rock de la côte Est américaine. Les synthés sont proéminents, la basse avance avec une urgence qui doit quelque chose à Peter Hook, la batterie est mécanique sans être froide. Et Sam Endicott chante avec une dramatisation vocale qui rappelle le premier Robert Smith des Cure.

La chanson est irrésistible et fait immédiatement de grands résultats dans les charts britanniques. En Angleterre, on est habitué à ce genre de son : les Bravery arrivent avec leurs références clairement affichées et le public anglais, qui connaît ses classiques, comprend immédiatement où ils se situent.

Fearless et l’urgence new-yorkaise

« Fearless » est peut-être la chanson la plus « pure Bravery » de l’album : urgente, dansante, avec des synthés qui tourbillonnent et une guitare qui coupe. Le titre dit quelque chose sur l’état d’esprit du groupe : une façon de se lancer sans peur dans un marché musical saturé, une confiance dans leur vision particulière de ce que le rock dansant peut être en 2005.

La querelle avec les Killers

Un détail historique amusant : les Bravery et les Killers (autre groupe de rock synthé de 2004-2005) se sont accusés mutuellement de plagiat et de copie de style. Brandon Flowers des Killers a publiquement critiqué les Bravery. Sam Endicott a répondu. Les deux groupes se sont croisés dans les mêmes festivals et ont répondu aux mêmes demandes du marché musical. La querelle dit plus sur les dynamiques du business musical que sur les mérites respectifs des deux groupes.

Les Killers ont eu plus de succès commercial à long terme. Les Bravery ont eu un deuxième album moins remarqué avant de se dissoudre. Mais ce premier album reste un document représentatif de son époque.

La production de Tom Dowd

Tom Dowd est une légende du studio. Il a enregistré Charlie Parker et Miles Davis dans les années cinquante. Il a produit « Layla » de Derek and the Dominos en 1970. Il a travaillé avec Rod Stewart, Otis Redding, Eric Clapton et les Allman Brothers. Sa présence sur un album de post-punk new-yorkais en 2005 est une curiosité qui montre que les grands producteurs se remettent en jeu à chaque nouvelle génération.

« The Bravery » est un album de son temps, produit avec soin par un homme qui connaît l’histoire de la musique populaire mieux que la plupart. Le résultat est solide, dansant, et parfaitement de son époque.

L’héritage de Joy Division à New York

La présence de synthés et la production froide des Bravery renvoient directement à Joy Division et New Order, ces groupes de Manchester qui ont défini le post-punk sombre des années quatre-vingt. Mais là où Joy Division était ancré dans l’obscurité industrielle de Manchester et dans le désespoir personnel de Ian Curtis, les Bravery y ajoutent une légèreté new-yorkaise, un sens de la fête qui est spécifiquement américain. La ville de New York impose sa propre cadence : plus rapide, plus extravertie, moins tragique. Les Bravery font de la musique pour danser même quand les textes parlent d’isolement. C’est une tension productive qui rend leur musique efficace sur une piste de danse et intéressante à l’écoute analytique. Ils ne sont pas Joy Division. Ils ne cherchent pas à l’être. Mais ils ont compris ce que Joy Division avait fait et ils l’utilisent comme un outil.

No Brakes et la durée de l’énergie

« No Brakes » est l’une des chansons de l’album qui démontre le mieux la capacité des Bravery à tenir une énergie sur la durée. La chanson ne lâche pas. Elle avance comme un train sans frein, accumule la tension, ne la relâche jamais vraiment. C’est une compétence rare dans le rock : beaucoup de groupes peuvent créer de l’énergie dans un refrain, peu peuvent la maintenir sur quatre minutes sans que l’auditeur commence à attendre que quelque chose se passe enfin. Les Bravery y arrivent en variant subtilement les textures, en ajoutant des couches progressivement, en laissant la voix de Sam Endicott porter l’urgence.

La note des passionnés

4,0 /5

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