Le premier album de Virgin Records
Mai 1973. Mike Oldfield publie Tubular Bells sur Virgin Records, nouveau label fondé par Richard Branson, et produit l’un des albums les plus inhabituels et les plus réussis de l’histoire de la musique populaire anglaise. C’est un album instrumental de quarante-neuf minutes divisé en deux parties, enregistré en grande partie par Oldfield seul dans les studios Manor près d’Oxford, où il joue de la guitare électrique, de la guitare acoustique, de la basse, du piano, du glockenspiel, du clavecin, du mellotron, des cloches tubulaires et d’une dizaine d’autres instruments.
Mike Oldfield est né en 1953 à Reading. À l’âge de seize ans, il joue de la basse pour Kevin Ayers et les Whole World, groupe de rock expérimental anglais lié à la scène de Canterbury. Il commence à travailler sur les idées musicales qui deviendront Tubular Bells à dix-neuf ans. Quand il présente ses bandes démo à des labels majeurs, ils refusent unanimement : un album instrumental sans chanteur, sans singles potentiels, sans structure de chanson conventionnelle ne correspond à aucune des cases commerciales existantes. Richard Branson, qui vient d’ouvrir son label, est assez curieux et assez courageux pour parier sur cette oeuvre étrange.
La mélodie d’ouverture de Tubular Bells est devenue l’une des plus reconnaissables de la musique populaire du vingtième siècle, non pas parce que Oldfield l’a voulue ainsi mais parce que William Friedkin l’a choisie comme thème de L’Exorciste la même année. Cette association avec le film d’horreur a donné à la mélodie une connotation sinistre qu’elle n’a pas dans son contexte original : dans l’album, elle est lumineuse et mélancolique, pas menaçante.
La construction par accumulation
La structure de Tubular Bells est celle d’une croissance organique par accumulation. L’album commence avec la mélodie seule au piano, puis chaque instrument entre progressivement, couche après couche, construisant une texture musicale qui évolue continûment pendant toute la durée de la première partie. Ce n’est pas de la musique basée sur des thèmes et des variations classiques, ni sur des progressions d’accords de rock. C’est une architecture sonore qui avance comme une marée montante.
Oldfield a dit avoir pensé à la musique celtique et à la musique baroque quand il construisait ses arrangements. On entend effectivement des parentés avec la polyphonie baroque dans la façon dont les différentes voix instrumentales s’entrelacent et se répondent. Et la mélodie principale a quelque chose de la mélancolie des ballades celtiques irlandaises et galloises, ce sens du temps qui passe et de la beauté des choses qui disparaissent.
La voix de Viv Stanshall, chanteur excentrique des Bonzo Dog Band, présente les différents instruments dans la première partie : « Grand piano… tubular bells… » Sa façon décalée et légèrement absurde de faire cette annonce est le seul moment de voix parlée sur l’album, et elle crée un contraste comique délibéré avec la gravité et la solennité de la musique qui l’entoure.
L’album qui a lancé Virgin Records
Tubular Bells va se vendre à plusieurs millions d’exemplaires dans le monde et assurer la survie et le développement de Virgin Records. Sans cet album, il n’y aurait pas eu le label qui signera par la suite les Sex Pistols, Culture Club, Phil Collins, Peter Gabriel. Le succès de Tubular Bells est la preuve que le public est prêt pour des formes musicales inattendues si elles sont assez fortes musicalement pour transcender les catégories habituelles.
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