1978 Album

toto

par TOTO

4,0
Sortie 1978
Artiste TOTO

Toto est l’une des formations les plus particulières du rock américain de la fin des années soixante-dix. Fondé à Los Angeles en 1977 par des musiciens de session de la plus haute classe, le groupe représente une façon d’envisager le rock qui est fondamentalement différente de celle des groupes de punk ou de post-punk contemporains : au lieu de la crudité et de l’improvisation, la virtuosité et la précision ; au lieu de l’énergie brute, la sophistication et la technique. Leur premier album éponyme, sorti en 1978, est la démonstration la plus immédiate de cette philosophie.

Les fondateurs de Toto venaient tous des studios d’enregistrement de Los Angeles où ils avaient accompagné certains des artistes les plus importants du rock et de la pop américaine des années soixante-dix. David Paich, claviériste et compositeur principal, avait travaillé avec Boz Scaggs. Steve Lukather à la guitare avait joué sur des dizaines de sessions majeures. Jeff Porcaro à la batterie était considéré comme l’un des meilleurs batteurs de session au monde. Steve Porcaro aux claviers, David Hungate à la basse et Bobby Kimball au chant complétaient une formation qui avait plus d’expérience collective en studio que la plupart des groupes de rock après dix ans de carrière.

« Hold the Line » est le single qui a lancé la carrière commerciale de Toto avec une immédiateté qui dit la qualité de la composition. Le riff de clavier de Paich est immédiatement accrocheur, le solo de guitare de Lukather est d’une précision et d’une fluidité qui dit les années de pratique derrière lui, et la voix de Kimball monte dans les aigus avec une puissance et une clarté qui font que le refrain reste immédiatement. C’est une chanson pop-rock parfaitement construite, sans un élément de trop ni un élément manquant.

Steve Lukather est l’un des guitaristes les plus admirés des musiciens professionnels, même si son nom n’est pas toujours immédiatement reconnu par le grand public. Sa technique est extraordinaire et sa polyvalence lui permet de jouer aussi bien les chansons rock les plus directes que les balades les plus sophistiquées avec la même aisance naturelle. Sur ce premier album, il établit sa personnalité musicale avec une clarté qui ne laisse aucun doute sur sa place dans la hiérarchie des guitaristes de rock américain.

Jeff Porcaro à la batterie est l’architecture rythmique sur laquelle tout le reste repose. Son jeu combine une précision métronomique avec un swing naturel qui fait que la musique de Toto ne sonne jamais mécanique malgré la sophistication technique de ses arrangements. Sa façon de jouer le groove tout en ajoutant des nuances et des variations subtiles est la marque d’un batteur qui a complètement assimilé la tradition rhythm and blues américaine.

La production de Toto lui-même, supervisée par Tom Knox, est d’une qualité sonore remarquable. Chaque instrument est enregistré avec une clarté et une présence qui font que l’album sonne encore aujourd’hui avec une fraîcheur impressionnante. Cette qualité de production est le résultat de l’expérience en studio de tous les membres du groupe qui savaient exactement comment faire sonner leurs instruments.

« I’ll Supply the Love », « Georgy Porgy » et les autres compositions de l’album montrent la diversité de palette du groupe : des ballades douces à côté de morceaux plus énergiques, des influences jazz et soul mêlées au rock. Cette variété n’est pas de la dispersion mais l’expression d’une curiosité musicale authentique.

Toto a connu un succès commercial encore plus grand avec « Toto IV » en 1982 et son hit « Africa », qui est devenu l’une des chansons les plus connues du rock des années quatre-vingt. Mais le premier album est le document qui dit le mieux qui était ce groupe à ses débuts : des musiciens exceptionnels qui voulaient faire du rock avec la rigueur et la sophistication qu’ils apportaient à leur travail de session.

Toto a connu avec « Toto IV » en 1982 un succès encore plus grand que celui de leur premier album, grâce notamment à « Africa » et « Rosanna », deux des chansons les plus diffusées des années quatre-vingt. Cette réussite tardive a parfois éclipsé la qualité du premier album dans la perception du public, mais c’est ce premier album qui établit les bases de tout ce qui a suivi. La façon dont Paich, Lukather et les Porcaro pensaient la composition, la façon dont ils utilisaient leurs compétences de musiciens de session pour construire des arrangements d’une richesse et d’une précision inhabituelles dans le rock commercial, est déjà entièrement présente sur ce premier enregistrement. Toto a été parfois moqué pour son professionnalisme et sa sophistication dans un contexte culturel où le punk et ses dérivés valorisaient la crudité et l’amateurisme revendiqué. Mais leur musique a duré au-delà des modes et continue d’être appréciée par des générations d’auditeurs pour ses qualités intrinsèques.

La note des passionnés

4,0 /5

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