1989 Album

Too Long in the Wasteland

par James McMURTRY

4,0
Sortie 1989

Too Long in the Wasteland, James McMURTRY (1989) : l’Amerique en mots durs

Certains auteurs-compositeurs ecrivent des chansons, d’autres ecrivent de la litterature qui se chante. James McMurtry appartient a cette seconde categorie, la plus rare et la plus precieuse. En 1989, ce Texan a la plume affutee publie son premier album, Too Long in the Wasteland, chez Columbia, et impose d’emblee une voix singuliere dans le paysage du rock americain : celle d’un romancier qui aurait troque la machine a ecrire pour une Telecaster.

Une histoire de filiation

Le destin de McMurtry tient un peu du roman. Il est le fils de Larry McMurtry, ecrivain majeur, auteur de Lonesome Dove et scenariste oscarisé. Sur le tournage du film Falling from Grace, le pere glisse une cassette de demos de son fils a un certain John Mellencamp, star du heartland rock. Mellencamp, sous le charme, decide de produire le disque. La transmission litteraire devient ainsi transmission musicale, et un grand parolier americain entre en scene.

Mellencamp, parrain ideal

La production de John Mellencamp colle parfaitement a l’univers de McMurtry. Roots-rock sobre, guitares seches, arrangements qui laissent toute la place aux mots : rien ne vient parasiter le recit. Car c’est bien de recit qu’il s’agit. Chaque chanson de Too Long in the Wasteland est une nouvelle, peuplee de personnages cabosses, de petites villes mortes, de routes interminables et de vies qui n’ont pas tenu leurs promesses. L’Amerique profonde, celle des laisses-pour-compte, y trouve son chroniqueur.

L’art du detail qui tue

Ce qui distingue McMurtry, c’est son sens du detail concret, cette capacite a planter un decor et un personnage en une phrase. Pas de grands sentiments vagues, mais des situations precises, des objets, des gestes, qui en disent long sur la condition de ses heros ordinaires. Sa voix nonchalante, presque parlee, renforce l’impression d’ecouter un conteur au coin du feu. On pense a Raymond Carver, a la sécheresse lumineuse des grands nouvellistes americains.

Le wasteland, terre de desillusion

Le titre dit tout : trop longtemps passe dans la terre desolee. Wasteland, c’est l’Amerique post-industrielle des annees Reagan, ses usines fermees, ses reves brises, ses petites gens qui s’accrochent. McMurtry ne juge jamais, ne sermonne pas ; il observe et raconte, avec une empathie pudique. Cette neutralite du regard, cette absence de complaisance, donnent a ses chansons une force documentaire rare dans la musique populaire.

Le debut d’une oeuvre exigeante

James McMurtry ne connaitra jamais le succes massif, mais il batira au fil des decennies l’une des oeuvres les plus respectees du songwriting americain, venerée par les amateurs de chanson litteraire et citee comme modele par bien des cadets. Too Long in the Wasteland en pose la premiere pierre, deja magistrale. Pour qui aime les disques qui racontent des histoires vraies, qui prennent le temps de planter un decor et de faire vivre des gens de chair et de sang, ce premier album reste une decouverte essentielle. Le fils de romancier avait, lui aussi, un roman a ecrire : il l’a fait en chansons.

La note des passionnés

4,0 /5

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Too Long in the Wasteland