Quand un grand groupe se sépare, il arrive que deux talents naissent de ses cendres. Après la fin d’Uncle Tupelo, pionnier de l’americana moderne, Jay Farrar fonde Son Volt et signe avec « Trace », en 1995, l’un des plus beaux disques de country rock de la décennie. La preuve qu’une rupture peut être un commencement.
Les cendres d’Uncle Tupelo
Uncle Tupelo avait posé les bases de tout un genre, l’alt-country, en mariant le punk et la musique country traditionnelle. Mais les tensions entre ses deux leaders, Jay Farrar et Jeff Tweedy, ont fini par avoir raison du groupe. Tweedy partira fonder Wilco, Farrar montera Son Volt, et chacun suivra sa propre voie. Deux visions, deux tempéraments, deux trajectoires.
Là où Tweedy allait évoluer vers l’expérimentation pop, Farrar reste fidèle à une certaine idée de l’authenticité et de la gravité. « Trace » est le disque de cette fidélité, profondément ancré dans la tradition de la musique américaine, du folk à la country en passant par le rock des grands espaces. C’est une musique de racines, sincère et sans fioritures.
Drown, Windfall et la mélancolie des routes
« Drown » apporte l’énergie électrique du disque, son moment le plus rock, tandis que « Windfall » ouvre l’album sur une douceur acoustique d’une beauté apaisante, véritable invitation au voyage. Entre ces deux pôles, « Trace » déroule des chansons habitées par les paysages américains, les routes, les rivières, la nostalgie et le passage du temps.
La voix de Jay Farrar, grave et habitée, porte ces chansons avec une sincérité bouleversante. Il y a dans son chant une gravité, une mélancolie profonde qui évoque les grands songwriters de la tradition américaine. Les arrangements, sobres et chaleureux, laissent toute la place à l’émotion et aux textes, dans le respect d’une certaine éthique de l’americana attachée à la vérité plutôt qu’à l’effet.
La comparaison avec le parcours de Jeff Tweedy et de Wilco est inévitable, et elle éclaire la singularité de Farrar. Là où Tweedy n’a cessé de se réinventer, quitte à dérouter son public, Farrar a choisi la voie de l’approfondissement, creusant inlassablement le même sillon avec une fidélité presque monacale. Aucune des deux démarches n’est supérieure à l’autre, elles sont simplement le reflet de deux tempéraments opposés qui ne pouvaient plus cohabiter. « Trace » est le manifeste de cette fidélité farouche aux racines, et il prouve que la constance, loin d’être un manque d’ambition, peut être une forme de noblesse artistique.

Un classique de l’americana
« Trace » est salué par la critique comme l’un des grands disques de l’americana des années 90, et il installe Son Volt comme une référence du genre. Si le groupe n’atteindra jamais la notoriété de Wilco, il gagne le respect durable des amateurs de musique américaine authentique et profonde.
Réécouté aujourd’hui, ce disque conserve toute sa force tranquille. Il rappelle qu’il existe une beauté dans la fidélité aux racines, dans le refus des modes, dans cette manière de chanter l’Amérique profonde avec gravité et tendresse. Jay Farrar a choisi la voie de la constance et de la sincérité, et « Trace » en est le témoignage le plus émouvant. C’est un disque pour les longues routes et les soirs de mélancolie, l’oeuvre d’un homme fidèle à une certaine idée de la vérité en musique.
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