The Return of the Durutti Column
Premier album de Durutti Column, une originalité dans le paysage musical de l’époque. Vini Reilly et sa guitare impressionniste pourraient apparaître comme un Claude Debussy du rock post-punk : une musique paisible et mélancolique, radicalement à contre-courant.
Manchester, Factory Records et l’anti-pochette
The Durutti Column naît à Manchester en 1978 dans l’orbite de Tony Wilson et Factory Records, le label fondé par Wilson avec Joy Division, New Order et A Certain Ratio. Mais là où les autres groupes de Factory explorent la sombre industrie post-punk, Vini Reilly va dans la direction opposée : une musique douce, contemplative, construite sur la guitare seule avec des textures minimes.
La pochette originale de « The Return of the Durutti Column » est en papier de verre, conçue pour abîmer les disques voisins dans les bacs. C’est une idée de Linder Sterling et Malcolm Garrett, une déclaration anti-marchande dans la tradition Situationniste que Tony Wilson aimait. L’objet-disque comme provocateur.
Vini Reilly et la guitare impressionniste
Vini Reilly joue de la guitare acoustique et électrique avec une approche héritée autant du flamenco espagnol que du jazz de Miles Davis que du classique. Ses lignes mélodiques sont simples mais jamais simplistes : chaque note est choisie pour ce qu’elle dit dans son contexte, pas pour démontrer une technique. La comparaison avec Debussy et le piano impressionniste français est pertinente : c’est une musique qui peint des atmosphères plutôt que de raconter des histoires.
Robert Rental produit l’album avec une économie maximale : guitares, quelques synthétiseurs discrets, une batterie légère. Le son est dépouillé jusqu’à l’os, et cette nudité sonore est la force principale de l’album.

L’influence sur la musique ambiante
L’influence de Vini Reilly et du Durutti Column sur la musique ambient et la guitare atmosphérique des décennies suivantes est considérable mais souvent non citée. Des générations de guitaristes qui cherchent à faire une musique introspective et non spectaculaire ont une dette envers ce premier album discret et magnifique.
Reilly continue à enregistrer sous le nom Durutti Column avec l’aide de Tony Wilson et de Factory Records jusqu’à la dissolution du label en 1992. Sa discographie longue et cohérente reste l’une des plus singulières de l’histoire du post-punk britannique : une carrière bâtie sur le refus de la mode, la fidélité à une vision, et la patience d’un artiste qui sait que son public est petit mais attentif.
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