1978 Album

The Only Ones

par The ONLY ONES

4,0
Sortie 1978

Peter Perrett est l’un des personnages les plus fascinants et les plus tragiques de la scène rock britannique de la fin des années soixante-dix. Chanteur, guitariste et compositeur d’une sensibilité extraordinaire, il avait formé les Only Ones à Londres en 1976 avec des musiciens qui partageaient sa vision d’un rock post-punk qui ne sacrifierait ni la mélodie ni la profondeur émotionnelle. L’album éponyme du groupe, sorti en 1978, contient « Another Girl Another Planet », l’une des plus grandes chansons de toute la période, et un ensemble de morceaux qui montrent qu’il n’était pas un cas isolé mais le représentant d’une sensibilité cohérente et remarquable.

« Another Girl Another Planet » est l’une de ces chansons dont on ne peut pas tout à fait expliquer pourquoi elles atteignent ce qu’elles atteignent. Le riff de guitare de John Perry est parfait : une ascension de deux mesures qui fait exactement ce qu’elle doit faire. Le texte de Perrett est ambigu et précis à la fois, parlant de désir et de distance, de quelqu’un qui vous est simultanément familier et inaccessible. Et la voix de Perrett, traînante et légèrement fragile, donne au tout une coloration émotionnelle qui transforme la chanson de belle en inoubliable.

La guitare de John Perry mérite une attention particulière. Son jeu combine des influences du rock des années soixante, notamment les Byrds et la tradition folk-rock américaine, avec une énergie et une crudité post-punk qui font que son approche est entièrement contemporaine sans pour autant être tributaire du moment. Il joue avec une élégance naturelle qui fait que ses solos semblent toujours avoir été là, comme si la chanson avait attendu exactement ces notes pour être complète.

« The Whole of the Law » et « Breaking Down » montrent d’autres aspects de l’album : la première est plus directement rock, avec une urgence et une intensité qui rappellent le meilleur du punk sans en être ; la seconde est plus introspective, avec une mélodie plus douce et un texte qui explore des territoires émotionnels plus vulnérables.

Alan Mair à la basse et Mike Kellie à la batterie fournissent une fondation rythmique d’une précision et d’une sensibilité qui permettent à Perrett et Perry de construire leurs arrangements vocaux et guitaristiques avec la liberté nécessaire. Kellie en particulier, qui avait de l’expérience en studio avec Spooky Tooth, apporte une maturité et une polyvalence qui font que le groupe sonne toujours plus grand que la somme de ses parties.

La production de « The Only Ones » est sobre et efficace, permettant aux chansons de s’exprimer sans les écraser sous des couches de production inutiles. Les arrangements sont soigneusement construits mais semblent naturels, ce qui est le signe d’une bonne production : elle s’efface derrière la musique qu’elle sert.

Perrett et les Only Ones n’ont pas eu le succès commercial qu’ils méritaient. Trois albums entre 1978 et 1980, quelques tournées importantes, puis la séparation. Perrett a mis des décennies à revenir à l’enregistrement. Mais « Another Girl Another Planet » a continué de vivre sans lui, reprise par des dizaines d’artistes, citée dans des émissions de radio et des magazines comme l’une des grandes chansons des années soixante-dix, présente dans la mémoire collective d’une façon que ses auteurs n’auraient peut-être pas prévue.

L’album de 1978 des Only Ones est la preuve que le post-punk britannique n’était pas qu’une esthétique de la crudité et de la provocation. Il pouvait aussi être lyrique, mélodique, émotionnellement complexe, ancré dans une tradition de chanson qui remontait aux Beatles et aux Rolling Stones sans pour autant s’y réduire. Perrett avait compris quelque chose que peu de ses contemporains saisissaient aussi clairement.

Peter Perrett est revenu à l’enregistrement en 2017 avec un album solo, « How the West Was Won », qui a montré que sa voix et sa vision artistique étaient restées intactes malgré les longues années de silence. Cette résurrection tardive a permis à de nouveaux auditeurs de découvrir les Only Ones et leur premier album, créant une nouvelle génération de fans pour une musique qui n’avait jamais vraiment vieilli. « Another Girl Another Planet » a continué d’être reprise par des artistes aussi différents que The Replacements et Morrissey, chacun y entendant quelque chose qui lui parlait directement. Cette universalité dit ce que les meilleures chansons font toujours : elles parlent à chacun de sa propre expérience tout en parlant d’une expérience commune. Le premier album des Only Ones est le document le plus complet de cette capacité de Perrett à trouver le particulier qui touche à l’universel.

Peter Perrett a dit dans des interviews que « Another Girl Another Planet » avait été écrite rapidement, comme la plupart de ses meilleures compositions, dans un état d’inspiration qui ne se discute pas mais s’accepte quand il se présente. Cette spontanéité de création est perceptible dans la façon dont la chanson semble couler naturellement de son début à sa fin, sans effort apparent, avec cette fluidité qui est la marque des oeuvres qui n’ont pas été trop pensées.

La note des passionnés

4,0 /5

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