1966 Album

The Monkees

par The MONKEES

4,0
Sortie 1966
Genres rock/pop rock

Les quatre garcons que Screen Gems a construits

L’histoire des Monkees commence par une annonce dans le Daily Variety du 8 septembre 1965 : « Madness!! Auditions. Folk and Roll Musicians-Singers for acting roles in new TV series. Running parts for 4 insane boys, age 17-21. » Les producteurs Bert Schneider et Bob Rafelson cherchent des acteurs capables de jouer les musiciens d’un groupe de rock fictif pour une serie televisee. Deux mille personnes se presentent. Parmi elles : Micky Dolenz, fils d’acteur, ex-enfant star d’une serie TV. Davy Jones, Anglais de Manchester deja connu a Broadway pour son role dans Oliver!. Peter Tork, musicien de folk de Greenwich Village. Michael Nesmith, Texan avec un chapeau de laine et une mere qui a invente le Liquid Paper.

Quatre personnes qui ne se connaissent pas, reunies par une audition televisee, formant un groupe de rock. En 1966, avant les reality shows, avant les concours de chant televises, avant l’industrie du talent manufactured en serie, les Monkees sont quelque chose d’entierement nouveau : le premier boy band construit par la television. Et leur premier album, sorti en novembre 1966 en meme temps que le debut de la serie, devient instantanement l’un des plus vendus de l’annee.

Don Kirshner et l’empire des chansons

Don Kirshner est le directeur musical du projet Monkees. C’est lui qui choisit les chansons, qui engage les musiciens de session, qui supervise les enregistrements. Les Monkees sur l’album de 1966 jouent peu ou pas d’instruments. Ce sont les Wrecking Crew de Los Angeles, les memes musiciens qui jouent sur les hits des Beach Boys, de Phil Spector, de Nancy Sinatra et de dizaines d’autres, qui fournissent les parties instrumentales. Dolenz chante principalement. Jones et Tork contribuent vocalement. Nesmith est le plus conteste par cette situation : il veut ecrire ses propres chansons et jouer lui-meme de la guitare.

Tommy Boyce et Bobby Hart ecrivent « Last Train to Clarksville » et « (I’m Not Your) Steppin’ Stone ». Gerry Goffin et Carole King signent « Take a Giant Step ». Neil Diamond, lui, fournira « I’m a Believer » pour le single suivant. Bobby Hart et Tommy Boyce assurent la production de la plupart des titres. La machine a chansons de Tin Pan Alley, dans sa version californienne et televisee, tourne a plein regime.

« Last Train to Clarksville » sort comme premier single le 16 aout 1966, deux semaines avant la premiere episode de la serie televisee. Il monte a la premiere place du Billboard Hot 100 le 22 octobre. Quand l’album sort en novembre, la serie est deja un succes massif et le public est pret a acheter n’importe quel disque signe Monkees.

La question de l’authenticite

Les Monkees ont ete attaques presque immediatement par la presse rock serieuse pour ne pas « vraiment » jouer de leurs instruments. Frank Zappa, dans une interview de 1967, a dit que les Monkees etaient la representation la plus pure de l’hypocrisie de l’industrie musicale. Pete Townshend etait plus ambigu : il admirait le travail de composition qui se cachait derriere le groupe tout en trouvant le concept televisuel problematique.

Mais le public, lui, ne se pose pas ces questions. Le public regarde Micky Dolenz courir dans tous les sens pendant les episodes de la serie, il entend « Last Train to Clarksville » a la radio, il achete l’album et il est heureux. Et si on reeccoute l’album aujourd’hui sans les prejuges de l’authenticite rock, force est de constater que les chansons sont excellentes. Goffin-King, Boyce-Hart : ce sont des compositeurs professionnels au sommet de leur art, et les melodies qu’ils ont ecrites pour les Monkees tiennent la comparaison avec ce qui se fait de mieux en pop en 1966.

Micky Dolenz a une voix pop parfaitement adaptee a ce materiau : chaleureuse, instinctive, suffisamment expressive pour que les chansons aient de l’ame sans avoir besoin d’une technique vocale elaboree. Davy Jones amene l’accent britanique et le charme de Broadway. Nesmith, sur les titres ou il intervient, apporte une couleur country-rock qui anticipe ce qu’il fera en solo dans les annees 1970 et qui le rapproche de ce que Gram Parsons est en train de faire au meme moment de l’autre cote de la ville.

La machine s’emballe

Les Monkees en 1966 et 1967 se vendent mieux que les Beatles. C’est un fait historique incontestable. En 1967, leur album More of the Monkees et leur album Headquarters occupent simultanement les premieres places des classements. Ils gagnent plus d’argent que n’importe quel groupe de la planete. Leur serie televisee est diffusee dans des dizaines de pays.

Et pendant ce temps, en coulisses, le groupe se bat pour prendre le controle de sa musique. Nesmith finit par obtenir gain de cause : Headquarters, sorti en mai 1967, est le premier album ou les Monkees jouent vraiment de leurs instruments et composent eux-memes la majorite des titres. C’est aussi le premier album qui ne se classe pas numero un : Sgt. Pepper le detrône la semaine de sa sortie.

L’histoire de ce premier album auto-intitule est donc celle d’un moment unique : le debut d’un groupe qui n’existait pas comme groupe, construit pour la television, joue par des professionnels de studio, chante par des acteurs qui sont devenus musiciens, et qui a produit malgre tout des chansons pop d’une qualite irrefutable. C’est complique. Mais la musique, elle, ne l’est pas du tout.

La note des passionnés

4,0 /5

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