La première vague des groupes punks britanniques, Clash en tête, était issue de la jeunesse aisée et bourgeoise. Les membres de Sham 69 viennent au contraire du petit peuple de la banlieue ouvrière. Leur punk est direct, sans ironie littéraire, et touche un public que les Clash n’atteignaient pas toujours.
Hersham, Surrey et la classe ouvrière punk
Jimmy Pursey naît à Hersham, Surrey, en 1955. Hersham est une banlieue ordinaire au sud de Londres, ni misère extrême ni confort bourgeois : la classe ouvrière anglaise dans sa forme la plus typique, avec ses HLM, ses pubs, ses matchs de football du samedi. Pursey est à mille lieues des artistes de l’École des Beaux-Arts qui peuplent la scène punk londonienne. Il chante ce qu’il connaît, avec les mots qu’il a, et cela fait toute la différence.
Dave Parsons à la guitare, Dave Tregunna à la basse et Mark Cain à la batterie complètent la formation de « Tell Us the Truth ». Leur son est plus simple que celui des Clash, moins produit que celui des Sex Pistols, et c’est exactement leur force : un punk dépouillé de toute ambition artistique, qui joue pour les gens dans la rue plutôt que pour les critiques des magazines.
If the Kids Are United
« If the Kids Are United » est leur chanson la plus connue et l’une des plus contagieuses du punk britannique. Un slogan mis en mélodie, une promesse d’appartenance à quelque chose de plus grand que soi-même, une utopie communautaire compressée en deux minutes de refrain collectif. La chanson fonctionne parce qu’elle est sincère : Pursey croit vraiment à ce qu’il chante, et cette conviction traverse les haut-parleurs.
« Angels with Dirty Faces » est dans la même veine : une chanson pour les jeunes de la banlieue, ceux que la société a tendance à ignorer ou à regarder de haut, avec une empathie qui n’est pas construite mais vécue. « We Are the People » et « George Davis Is Innocent » (une référence à une cause célèbre britannique de l’époque) montrent un groupe politiquement engagé d’une façon directe et sans rhétorique.
Le public et les responsabilités
Sham 69 attire un public de jeunes de la banlieue ouvrière parmi lesquels se glissent des éléments d’extrême droite qui cherchent à récupérer leur image de groupe de « vrais » working class heroes. Pursey répond publiquement et clairement que le message du groupe est inclusif et antiraciste, et plusieurs concerts se terminent par des interruptions quand ces éléments deviennent perturbateurs. Cette confrontation entre l’intention artistique et la récupération politique est l’une des histoires les plus complexes du punk britannique.
Sham 69 se sépare en 1979, épuisé par les tensions. Pursey reforme le groupe à plusieurs reprises par la suite. « Tell Us the Truth » reste leur document le plus authentique, enregistré avant que la complexité de leur situation ne devienne trop lourde à gérer.
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