999 est l’un des groupes les plus cohérents et les plus constants de la scène punk britannique de 1977-1978, et aussi l’un des moins célébrés en dehors des cercles de connaisseurs. Fondé à Londres par Nick Cash, Guy Days, Jon Watson et Pablo LaBritain, le groupe avait une approche du punk plus mélodique et plus directement pop que les Sex Pistols ou les Clash, une façon d’écrire des chansons courtes et efficaces qui s’inscrivait davantage dans la tradition du rock britannique direct que dans celle de la provocation ou de l’engagement politique. « Separates », leur deuxième album, sorti en 1978, est la démonstration la plus complète de cette approche.
Le son de 999 est immédiatement reconnaissable : des guitares tranchantes, une section rythmique solide, et la voix de Nick Cash qui porte les textes avec une clarté et une conviction qui font que chaque chanson arrive directement à son but. Il n’y a pas de déchets dans la musique de 999, pas de passages qui pourraient être supprimés sans que l’ensemble y perde. Chaque mesure est là pour une raison, et cette économie de moyens est ce qui fait que leurs chansons les meilleures semblent inévitables une fois entendues.
« Homicide » est la chanson la plus connue du groupe, un morceau qui illustre parfaitement leur formule : un riff de guitare qui reste, un refrain qui monte d’un seul coup, deux minutes et quelque secondes d’énergie concentrée. La production est plus soignée que ce que le punk le plus radical cherchait à produire, ce qui dit que 999 n’était pas attaché à l’esthétique de la crudité pour elle-même mais cherchait à faire sonner leurs chansons aussi bien que possible.
« Nasty Nasty » est une chanson sur la compétition et l’agressivité sociale, traitée avec l’humour caractéristique du groupe. 999 savait prendre les problèmes au sérieux sans perdre de vue que la musique était aussi faite pour que les gens s’amusent, et cet équilibre entre le sérieux et le fun est ce qui les distinguait de groupes plus dogmatiquement engagés.
Guy Days à la guitare joue avec une précision et une économie qui sont les qualités d’un musicien qui comprend que la chanson compte plus que la démonstration technique. Ses solos sont courts et efficaces, ils arrivent au bon moment et ils disent ce qu’ils ont à dire sans s’attarder. Cette discrétion instrumentale au service de la chanson est une des forces du son de 999.
Jon Watson à la basse et Pablo LaBritain à la batterie forment une section rythmique d’une précision et d’une solidité qui donnent à chaque chanson une fondation inébranlable. Le tempo de 999 est toujours exactement là où il doit être, ni trop rapide ni trop lent, et cette maîtrise du tempo est une des caractéristiques les plus professionnelles de leur approche.
La production de « Separates » est assurée par le groupe lui-même avec des collaborateurs qui comprenaient leur vision. Le son est clair et direct, avec les guitares en avant et la voix de Cash bien mise en valeur. Cette production efficace sans ostentation est parfaitement adaptée à une musique qui cherche l’impact immédiat plutôt que la complexité sonore.
999 a continué à enregistrer et à tourner pendant des décennies, maintenant une cohérence artistique remarquable dans un genre qui a souvent tendance à figer ses artistes dans une esthétique de jeunesse impossible à maintenir. « Separates » est l’un des documents les plus complets de ce qu’ils étaient à leur meilleur : un groupe de punk britannique sérieux, professionnel et musicalement solide qui avait plus de choses à dire que les headlines habituels du genre ne le laissaient entendre.
Pour ceux qui explorent la scène punk britannique de 1978 au-delà des artistes les plus médiatisés, « Separates » est une découverte qui ne déçoit pas. C’est du punk de qualité, fait par des musiciens qui avaient compris que l’attitude n’était pas suffisante si elle n’était pas soutenue par des chansons.
999 a incarné une version du punk britannique qui était moins politiquement engagée que les Clash et moins provocatrice que les Sex Pistols, mais qui avait sa propre intégrité musicale et son propre public fidèle. Leur capacité à écrire des chansons directes et mémorables les a maintenus en activité bien au-delà de la période punk proprement dite, et ils continuaient à tourner et à enregistrer décennies après les débuts. « Separates » illustre bien ce qu’ils apportaient à la scène punk britannique : de la qualité musicale sans complication inutile, des chansons qui sonnaient fraîches et urgentes sans chercher à être plus que ce qu’elles étaient. Cette modestie de l’ambition, dans le bon sens du terme, est une qualité que le rock celebrate rarement mais qui mérite d’être reconnue. Les groupes qui font ce qu’ils font avec conviction et régularité sans prétendre à plus ont leur place dans l’histoire de la musique autant que les artistes révolutionnaires.
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