Un sommet électrique
Dans la riche discographie de The Brian Jonestown Massacre, « Take It from the Man! », paru en 1996, occupe une place de choix. Délicieusement rétro et délirant, l’album est un autre sommet représentatif du groupe, au même titre que « Their Satanic Majesties’ Second Request ». Mais il s’en distingue par une caractéristique majeure : il est sensiblement plus électrique que ce dernier, plus brut, plus rentre-dedans.
Ce durcissement du son donne à l’album une énergie particulière, une fougue rock qui contraste avec les atmosphères plus planantes du groupe. The Brian Jonestown Massacre y déploie une électricité revigorante, une puissance qui rappelle les grandes heures du rock psychédélique le plus nerveux. « Take It from the Man! » est un disque qui décoiffe, qui fonce, tout en conservant l’amour des sonorités vintage qui caractérise la formation.
Un charme rétro assumé
L’une des grandes qualités de « Take It from the Man! » est son charme délicieusement rétro. Le groupe cultive avec amour les sonorités du passé, recréant l’ambiance des disques des années 60 jusque dans les moindres détails. Ce souci de l’authenticité, cette quête de l’esthétique vintage, donnent à l’album une couleur et une atmosphère irrésistibles, hors du temps.
Ce goût du rétro va jusque dans les détails les plus savoureux. On est ainsi heureux d’apprendre sur la jaquette du CD que son contenu est en STEREO, clin d’oeil malicieux aux mentions d’antan qui en dit long sur l’esprit du groupe. Cette attention au détail, cet humour vintage, témoignent d’un amour sincère et joyeux pour l’époque célébrée. The Brian Jonestown Massacre ne fait pas semblant : il vit pleinement sa passion pour les sixties, avec sérieux et fantaisie à la fois.
Assassiner les pères
Mais il serait réducteur de voir dans cette démarche une simple nostalgie passéiste, une addiction béate aux stars du passé. La résurrection du son des années 60 apparaît au contraire comme une stratégie plus subtile et plus profonde : une autre façon d’assassiner les pères. En s’appropriant l’héritage des anciens, le groupe ne se soumet pas, il se libère.
Cette idée paradoxale est éclairante. Loin de se contenter d’imiter ses idoles, The Brian Jonestown Massacre les digère, les dépasse, les transcende. En faisant revivre le son des sixties à sa manière, le groupe affirme sa propre identité, prend possession de cet héritage pour en faire quelque chose de neuf. C’est une forme de parricide symbolique, un moyen de s’affranchir des modèles pour exister pleinement. Une démarche aussi audacieuse qu’intelligente.
Une liberté d’expression
Le résultat de cette démarche est remarquable : The Brian Jonestown Massacre accède, par cette résurrection du passé, à une liberté d’expression saisissante. Paradoxalement, c’est en s’ancrant dans une tradition qu’il trouve sa propre voie, son propre langage. Cette liberté, cette spontanéité, irriguent tout l’album et lui donnent sa fougue et sa fraîcheur.
Cette liberté est le fruit de l’indépendance farouche du groupe, de son refus des compromis et des conventions. Affranchi des attentes commerciales et des modes, The Brian Jonestown Massacre peut explorer, expérimenter, oser. « Take It from the Man! » respire cette liberté créative, ce plaisir de jouer sans contraintes. C’est un disque qui vit, qui vibre, qui déborde d’énergie et d’inventivité. Une démonstration éclatante de ce que peut produire un groupe pleinement libre.
L’empreinte d’Anton Newcombe
Comme toujours avec The Brian Jonestown Massacre, l’album porte la marque indélébile d’Anton Newcombe, le génie tutélaire du groupe. Compositeur visionnaire et perfectionniste, il insuffle à « Take It from the Man! » sa passion pour le psychédélisme, son sens du son vintage, son intransigeance artistique. C’est lui qui donne à l’album sa cohérence et sa direction.
Newcombe est l’âme de cette aventure musicale, le maître d’oeuvre qui transforme l’amour des sixties en création vivante. Sa personnalité hors norme, son talent immense, son obsession du détail transparaissent à chaque instant. « Take It from the Man! » est l’expression de sa vision singulière, de son génie particulier. Sans lui, le groupe ne serait pas ce qu’il est ; grâce à lui, il atteint des sommets de rock psychédélique électrique et inspiré.
Un disque incontournable
« Take It from the Man! » s’impose comme l’un des disques incontournables de The Brian Jonestown Massacre, un sommet de sa production prolifique. Plus électrique et plus direct que d’autres albums du groupe, il offre une porte d’entrée idéale dans son univers, une démonstration de sa fougue et de son amour du rock psychédélique. C’est un disque qui ne déçoit jamais.
Pour les amateurs de rock vintage et de néo-psychédélisme, cet album est un régal. Il conjugue le charme rétro, l’énergie électrique, l’intelligence de la démarche et le génie d’Anton Newcombe. « Take It from the Man! » prouve que la résurrection du passé peut être un acte de liberté et de création, et non de simple nostalgie. Un disque délirant, jubilatoire et profondément attachant, à découvrir absolument.
Le verdict
« Take It from the Man! » est un autre sommet de The Brian Jonestown Massacre, délicieusement rétro et délirant, mais sensiblement plus électrique que « Their Satanic Majesties ». Loin d’une addiction béate aux stars du passé, la résurrection du son des années 60 y apparaît comme une façon d’assassiner les pères pour accéder à une remarquable liberté d’expression. Porté par le génie d’Anton Newcombe, ce disque jubilatoire et incontournable est un régal pour les amateurs de rock psychédélique.
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