2000 Album

Thirteen Tales from Urban Bohemia

par The DANDY WARHOLS

4,0

Cool, désinvolte et terriblement bien habillé, voilà le portrait que les Dandy Warhols voulaient donner d’eux-mêmes. En 2000, le groupe de Portland sort « Thirteen Tales from Urban Bohemia », son disque le plus abouti, manifeste de bohème chic qui allait leur offrir leur tube le plus inattendu.

La bohème de Portland

Mené par le charismatique Courtney Taylor-Taylor, entouré du guitariste Peter Holmström, de la claviériste Zia McCabe et du batteur Brent DeBoer, le groupe cultive depuis ses débuts une image de dilettantes branchés, héritiers du Velvet Underground et de la scène d’Andy Warhol dont ils détournent le nom. Leur musique mêle néo-psychédélisme, rock de garage et pop scintillante, le tout enveloppé d’une nonchalance affichée.

« Thirteen Tales from Urban Bohemia » est leur troisième album et celui de la maturité. Le groupe y assume pleinement son ambition pop tout en gardant son ironie distanciée. C’est un disque qui parle de la vie d’artiste, des illusions de la bohème urbaine, du glamour de pacotille et de la liberté revendiquée, le tout avec un sens de la mélodie redoutable.

Bohemian Like You, le tube par accident

« Bohemian Like You » est le morceau qui change la donne. Riff insolent, énergie garage, refrain irrésistible, la chanson est une déclaration d’amour ironique à un certain art de vivre cool et fauché. Son destin sera étrange : reprise dans une publicité quelques temps après la sortie de l’album, elle deviendra un tube planétaire et offrira au groupe une notoriété qu’il n’attendait plus.

Mais l’album ne se résume pas à ce seul succès. « Godless » ouvre le disque sur une plage atmosphérique et planante, « Get Off » et « Solid » déroulent un rock élégant et accrocheur, et l’ensemble compose une fresque cohérente, à la fois légère et travaillée. Les Dandy Warhols prouvent ici qu’ils sont bien plus qu’une posture, qu’il y a derrière l’attitude un vrai talent d’écriture pop.

La présence de Zia McCabe aux claviers et aux ambiances donne au groupe une couleur particulière, à la fois sensuelle et planante, qui le distingue de ses contemporains du rock de garage. Courtney Taylor-Taylor, songwriter plus malin qu’il ne veut bien le laisser paraître, manie l’ironie comme un bouclier mais ne sacrifie jamais la mélodie. Le disque assume son ambivalence, entre détachement branché et émotion réelle, et c’est dans cet équilibre instable que réside tout son charme. On y entend un groupe qui se moque des conventions du rock tout en les maîtrisant à la perfection.

The Dandy Warhols en concert
The Dandy Warhols, dandys de Portland adeptes d’un rock psychedelique elegant et nonchalant

Le portrait d’une bohème

L’histoire du groupe sera popularisée par le documentaire « Dig! », qui filme leur rivalité aussi tendre que conflictuelle avec le Brian Jonestown Massacre d’Anton Newcombe. Ce film fera des Dandy Warhols les emblèmes d’une bohème rock américaine où l’ambition et l’autodestruction se côtoient en permanence.

« Thirteen Tales from Urban Bohemia » reste leur sommet, le disque où l’attitude et le talent coïncident parfaitement. On y trouve toute l’élégance désabusée d’un groupe qui se moque de la gloire tout en sachant parfaitement écrire des chansons capables de la conquérir. C’est un album de poseurs, oui, mais de poseurs qui tiennent admirablement la pose, et qui ont laissé derrière eux quelques unes des plus belles chansons rock du tournant du millénaire.

La note des passionnés

4,0 /5

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Thirteen Tales from Urban Bohemia