Sortie 1975
Genres quiet storm · soul

Smokey Robinson, sans les Miracles depuis 1972, propose ici l’un des plus hauts sommets « Motown » des années 70 (pourtant très riche avec Stevie Wonder ou le « What’s going on » de Marvin Gaye !)… Un album splendide qui comprend notamment le magnifique « Baby That’s Backatcha ».

Le poète de la Motown

William « Smokey » Robinson Jr. naît à Detroit en 1940. Il rencontre Berry Gordy Jr. en 1957 et devient l’un des piliers de la Motown naissante : chanteur, compositeur, producteur, vice-président. Ses chansons pour les Temptations (« My Girl »), pour Mary Wells (« My Guy »), pour Marvin Gaye sont des monuments de la soul américaine. Bob Dylan l’a qualifié de « plus grand poète américain vivant », une formule qui a toujours embarrassé Robinson lui-même mais qui dit quelque chose de vrai sur la qualité de son écriture.

Après vingt ans avec les Miracles, Robinson quitte le groupe en 1972 pour se concentrer sur sa carrière solo et ses fonctions de direction chez Motown. Les premiers albums solo sont intéressants mais cherchent leur direction. « Quiet Storm » (1975) est l’album de la maturité, celui où Robinson trouve enfin une voix propre pour son travail solo, différent du son Miracles sans le trahir.

La naissance d’un genre

La chanson « Quiet Storm » donne son nom à un genre radio entier. Bernadette Cooper, DJ à la station WHUR de Washington D.C., crée en 1976 une émission nocturne appelée « Quiet Storm » en référence directe à la chanson de Robinson. L’émission propose de la soul douce, des ballades R&B, du funk mid-tempo : de la musique pour la nuit avancée, les lumières basses, les conversations intimes. Le format se répand dans toutes les stations R&B américaines et structure encore aujourd’hui une grande partie de la programmation nocturne des radios urbaines.

C’est une ironique postérité : une chanson qui n’était pas le plus grand succès commercial de Robinson donne son nom à un genre qui influencera des décennies de musique noire américaine. Luther Vandross, Anita Baker, Jeffrey Osborne, Teddy Pendergrass : tous ces artistes des années 80 et 90 doivent quelque chose au « quiet storm » que Robinson a défini sur son album de 1975.

Baby That’s Backatcha, le chef-d’oeuvre du dedans

« Baby That’s Backatcha » est la chanson la plus connue de l’album. Une déclaration d’amour construite sur un groove mid-tempo, avec des cordes discrètes et une batterie qui ne fait jamais trop. Robinson chante avec la voix de fausset qui est sa signature, cette voix de haute-contre douce qui semble toujours murmurer même quand elle projette. La chanson atteint le numéro 26 du Billboard R&B mais son influence sur la soul douce des décennies suivantes est incalculable.

« The Agony and the Ecstasy » et « Love Letters » complètent un album cohérent, sans déchet, qui assume pleinement ses ambitions de musique adulte et sophistiquée. Smokey Robinson, à trente-cinq ans en 1975, est un artiste qui a déjà tout accompli, qui aurait pu se reposer sur ses lauriers, et qui choisit au contraire de se réinventer. « Quiet Storm » est la preuve que le talent vrai ne s’épuise pas : il se transforme.

La note des passionnés

4,0 /5

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Quiet Storm