Taste. Cork, Irlande, 1970. Un trio de blues rock qui a emerge des cotes vertes de la Cote du Munster pour conqurir les scenes britanniques et europeennes avec une intensite musicale que peu de groupes contemporains pouvaient egaler. « On the Boards » est leur second album et leur chef-d’oeuvre absolu, enregistre dans une eglise londonienne avec une liberte et une spontaneite qui capturent parfaitement l’essence de ce groupe unique.
Au centre de tout il y a Rory Gallagher. Ne a Ballyshannon dans le comte de Donegal en 1948, Gallagher est arrive a Cork enfant et y a grandi en absorbant les influences musicales du blues americain et du rock britannique a travers la radio et les disques importes. Sa guitare, une Fender Stratocaster 1961 achetee d’occasion a un musicien americain en tournee, va devenir l’une des guitares les plus reconnaissables de l’histoire du rock europeen.
La Strat de Gallagher merite qu’on s’y attarde. A force d’etre jouee des heures chaque jour, le vernis de la guitare a fini par se craqueler et s’ecailler jusqu’a reveler le bois brut en dessous. Gallagher ne l’a jamais fait reparer, ni refinir. Cette guitare usee par l’amour et le travail est devenue son image de marque, le symbole d’un musicien qui place la musique au-dessus de l’apparence. Brian May de Queen, le Edge de U2, Bono lui-meme ont cite Gallagher comme l’une de leurs influences majeures.
Taste c’est aussi Charlie McCracken a la basse et John Wilson a la batterie. Un trio serresse autour d’une vision commune : le blues rock dans sa forme la plus directe et la plus puissante. Pas d’arrangements orchestraux. Pas de clavier invites. Juste trois musiciens qui jouent a pleine capacite en laissant la musique trouver son propre chemin.
« On the Boards » a ete enregistre live en studio dans une eglise londonienne, ce qui explique la qualite acoustique particuliere de l’album. La reverb naturelle de l’architecture ecclesiastique donne au son une profondeur et une dimension spatiale que les studios conventionnels ne peuvent reproduire. Chaque note de guitare de Gallagher resonne dans l’espace avec une richesse harmonique remarquable.
« What’s Going On » ouvre l’album avec une tranquillite trompeuse. Gallagher commence seul, sa guitare acoustique dessinant une melodie blues d’une delicatesse inattendue, avant que la section rythmique n’entre et que l’ensemble prenne de l’altitude progressivement. C’est une facon d’introduire le groupe en douceur, de laisser l’auditeur s’installer confortablement avant de le prendre par surprise.
« Railway and Gun » est un blues d’usine, un portrait de la vie ouvriere avec la guitare electrique de Gallagher jouant en dialogue constant avec la basse de McCracken. Le morceau a une qualite cinematographique, on voit les images qu’il evoque. « It’s Happened Before, It’ll Happen Again » est une exploration blues plus longue ou Gallagher prend le temps de developper ses solos avec une patience et une construction dramatique qui rappellent les grands maitres du genre.
Gallagher jouait aussi du saxophone sur certaines pieces, ajoutant une couleur supplementaire a un groupe dejа riche en possibilites expressives. Sa polyvalence instrumentale etait aussi frappante que sa maitrise de la guitare principale. Il pouvait passer d’un instrument a l’autre avec une facilite naturelle qui trahissait des annees d’apprentissage intense et passione.
Taste s’est separe en 1970, peu apres la sortie de cet album. Les raisons sont multiples et complexes, comme souvent dans les separations de groupes. Gallagher est parti en carriere solo avec la certitude qu’il avait quelque chose d’unique a offrir au monde. Il avait raison. Sa carriere solo jusqu’a sa disparition en 1995 est l’une des plus riches et des plus coherentes du blues rock europeen.
Mais « On the Boards » reste comme le monument de sa jeunesse, le document sonore qui prouve qu’a vingt-deux ans il etait dejа l’un des meilleurs guitaristes blues d’Europe. Carlos Santana, qui avait entendu l’album peu apres sa sortie, a declare dans plusieurs interviews que Gallagher etait l’un des guitaristes qu’il admirait le plus pour l’honneteте et la sincerite de son jeu. C’est le plus beau compliment qu’un musicien puisse recevoir d’un autre musicien de ce calibre.
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