L.A. Guns, L.A. GUNS (1988) : le rock crasseux du Sunset Strip
Los Angeles, fin des annees quatre-vingt. Sur le Sunset Strip, une faune de groupes a la chevelure crepelee, au maquillage outrancier et aux pantalons de cuir moulant se dispute les faveurs des clubs et des maisons de disques. C’est l’apogee du glam metal, ce rock tape-a-l’oeil mais souvent furieusement efficace. Parmi cette concurrence feroce, L.A. Guns occupe une place a part : plus crasseux, plus dangereux, plus authentiquement voyou que beaucoup de ses rivaux plus pommades. Leur premier album, publie en 1988, capture cette energie de gouttiere avec une conviction rejouissante.
Une genealogie au coeur du mythe
L’histoire de L.A. Guns est intimement liee a celle d’un autre groupe devenu legendaire. Le guitariste Tracii Guns avait en effet participe aux tout debuts d’une formation qui allait conquerir le monde, et le nom meme de ce groupe celebre conserve la trace de cette origine commune. Tracii avait quitte l’aventure avant l’explosion, preferant batir son propre projet. Ce projet, c’est L.A. Guns, qu’il mene avec le chanteur britannique Phil Lewis, transfuge de la scene anglaise venu apporter sa gouaille et son charisme au son californien.
Cette alliance entre la guitare nerveuse de Tracii Guns et la voix eraillee de Phil Lewis donne au groupe son identite. La musique est un sleaze metal sans fioritures, gorge de riffs accrocheurs, de refrains scandes et d’une attitude de mauvais garcons assumee. On est loin de la sophistication : ici, tout est question d’energie, de sueur, de nuits sans fin et de rock and roll joue fort.
Des hymnes de nuit blanche
L’album regorge de morceaux concus pour les clubs bondes et les concerts survoltes. « Sex Action » affiche d’emblee la couleur, hymne sans complexe a la luxure et a l’hedonisme. « One More Reason » et « Nothing to Lose » deploient cette energie rageuse qui fait mouche sur scene. Et puis il y a « Electric Gypsy », peut-etre le sommet du disque, qui montre que le groupe sait aussi construire des morceaux plus elabores, avec une vraie tension dramatique, sans renier sa brutalite.
Ce qui frappe a l’ecoute, c’est l’absence totale de pretention. L.A. Guns ne cherche pas a reinventer le rock ni a delivrer un message. Le groupe veut faire la fete, secouer les corps, celebrer la nuit et l’exces. Cette honnetete dans la demarche, ce refus de se prendre au serieux, rend l’album sympathique malgre, ou plutot grace a, son cote primaire et direct. C’est du rock de divertissement assume, et il remplit parfaitement sa mission.
Survivre a la chute d’un genre
Le glam metal allait connaitre une fin brutale au debut des annees quatre-vingt-dix, balaye par la vague du rock alternatif venu de Seattle qui rendit soudain ringards tous ces groupes a paillettes. Beaucoup de formations du Sunset Strip ne survecurent pas a ce raz-de-maree. L.A. Guns, lui, a fait preuve d’une remarquable tenacite, traversant les decennies au prix d’innombrables changements de personnel, de separations et de reformations, parfois meme avec deux versions concurrentes du groupe revendiquant le nom.
Cette longevite chaotique temoigne d’un attachement viscéral a la musique et a la vie de tournee. Au-dela des modes et des humiliations, L.A. Guns a continue de defendre son rock crasseux devant un public fidele, refusant de raccrocher les guitares. Ce premier album reste leur acte de naissance, le document de leur jeunesse rageuse, capture au moment ou tout semblait encore possible sur le Strip.
Un instantane du Sunset Strip
Au-dela de ses qualites propres, ce premier album a valeur de document sur une epoque et un lieu mythiques. Le Sunset Strip de la fin des annees quatre-vingt etait une ruche bouillonnante ou des dizaines de groupes affutaient leur son et leur look dans l’espoir de decrocher le contrat qui changerait leur vie. La concurrence etait feroce, les nuits interminables, les exces permanents. De cette scene sortiront quelques geants et une multitude de groupes plus confidentiels, et L.A. Guns se situe quelque part entre les deux, trop authentique pour n’etre qu’un suiveur, pas assez chanceux pour atteindre les sommets absolus. Leur disque capture parfaitement le parfum de cette epoque, son melange de danger, de glamour de pacotille et d’energie juvenile. Parmi les nombreux albums de sleaze metal que produira cette periode, celui-ci tient une place de choix, regulierement cite par les amateurs comme l’un des plus reussis et des plus sinceres du genre, precisement parce qu’il ne cherche jamais a se faire passer pour autre chose que ce qu’il est.
Reecoute avec le recul, cette oeuvre inaugurale degage un charme authentique. Elle sent l’epoque, ses exces et son innocence coupable, mais elle conserve une energie qui ne triche pas. Pour qui aime le rock simple, direct et furieux, sans intellectualisme ni seconde lecture, L.A. Guns offre exactement ce qu’il promet : une decharge d’adrenaline, un retour a l’essence festive et debridee du rock and roll. C’est peu, diront certains. C’est deja beaucoup, repondront ceux qui ont compris que le rock n’a pas toujours besoin d’excuses.
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