1989 Album

Cosmic Thing

par The B52 S

4,0
Sortie 1989
Artiste The B52 S
Genres funk · jazz

The B-52’s, la fete revient d’entre les morts

On les croyait finis. La disparition de Ricky Wilson, guitariste genial et frere de Cindy, emporte par le sida en 1985, avait laisse les B-52’s exsangues, incapables de tourner, le coeur en miettes. Et puis 1989 arrive, et avec lui « Cosmic Thing », le disque du grand retour, celui qui transforme le deuil en feu d’artifice. Les excentriques d’Athens, Georgia, ressortent leurs perruques choucroutees et leurs robes a paillettes pour offrir au monde la plus joyeuse des resurrections.

Pour y parvenir, il a fallu reinventer le groupe. Keith Strickland, batteur d’origine, est passe a la guitare pour reprendre le flambeau de Ricky, reapprenant patiemment ce style unique fait d’accordages bizarres et de sonorites surf. Aux manettes de la production, deux pointures, Don Was et Nile Rodgers, le sorcier de Chic. Ils comprennent que la force du groupe tient dans cette alchimie unique, la voix de stentor parlee de Fred Schneider, les harmonies stratospheriques de Kate Pierson et Cindy Wilson, le tout pose sur des grooves de surf martien.

« Love Shack », la cabane qui a fait danser la planete

Et le tube, le voila. « Love Shack », invitation a rejoindre une cabane d’amour bringuebalante, devient un phenomene planetaire, refrain repris en choeur du Texas a Tokyo. Le clip, ou apparait une certaine RuPaul avant la gloire, s’installe en rotation lourde sur MTV. « Roam » suit derriere, melodie aerienne portee par Kate et Cindy, autre enorme succes. « Deadbeat Club » ressuscite avec nostalgie l’epoque des debuts a Athens, quand la bande tournait sur un seul cocktail flambe et inventait sa fete dans les sous sols de l’universite.

« Cosmic Thing » devient le plus gros succes commercial de la carriere du groupe, plusieurs fois disque de platine, sacre d’un retour qu’aucun parieur n’aurait ose miser. Mais au dela des chiffres, ce disque raconte quelque chose de plus beau. Il dit qu’on peut traverser le pire, perdre un frere et un compagnon de scene, et choisir malgre tout la lumiere, la couleur, la danse. Les B-52’s n’ont jamais ete des intellectuels du rock, ils ont toujours prefere la fete a la posture, et c’est exactement ce qui rend leur retour si emouvant.

Ecoutez la production, ce melange parfait de kitsch assume et de savoir faire pop. Tout y respire la bonne humeur, depuis les claviers vintage jusqu’aux choeurs en cascade. Fred Schneider declame ses inepties geniales avec un serieux imperturbable, et les deux chanteuses transforment chaque refrain en hymne solaire. Il y a dans cette musique une innocence qui semble venir d’une autre planete, un refus obstine de prendre le monde au tragique meme apres le pire des chagrins.

Le secret de Don Was et Nile Rodgers, c’est d’avoir refuse de moderniser a outrance. Plutot que de plaquer sur le groupe les modes electroniques de l’epoque, ils ont poli le diamant brut, gardant intacte la folie originelle tout en lui donnant le sens du tube imparable. Resultat, un disque a la fois fidele a l’esprit des debuts et taille pour les charts, exploit d’equilibriste que peu de groupes ont reussi a ce stade de leur carriere.

« Cosmic Thing » reste l’un des plus beaux disques de la fin des annees 80, la preuve qu’un groupe peut renaitre sans se renier. Les B-52’s ont transforme leur deuil en carnaval, et la planete entiere s’est mise a danser dans leur cabane d’amour. Une lecon de vie autant qu’un disque pop. Mettez le volume a fond, sortez les perruques, et laissez la chose cosmique vous emporter. Rarement la joie aura sonne aussi juste apres tant de larmes.

L’esprit d’Athens

Pour comprendre les B-52’s, il faut remonter a Athens, cette petite ville universitaire de Georgie qui a accouche d’une scene musicale parmi les plus fertiles d’Amerique, de R.E.M. a Pylon. Dans ce bouillon creatif, le groupe avait invente des la fin des annees 70 une pop loufoque et dansante, nourrie de science fiction de serie B, de coiffures improbables et d’un sens de la fete contagieux. « Cosmic Thing » renoue avec cet esprit fondateur tout en lui offrant enfin une production a la hauteur.

Le succes de l’album change radicalement la donne pour le groupe, qui passe du statut de curiosite culte a celui de superstar mainstream. Du jour au lendemain, « Love Shack » resonne dans tous les mariages, toutes les radios, toutes les fetes de la planete. Le morceau devient un standard intemporel, de ceux qui font lever n’importe quelle assemblee des les premieres notes, et il continue aujourd’hui encore de remplir les pistes de danse a chaque generation.

Ce qui rend « Cosmic Thing » si attachant, c’est qu’il ne triche jamais sur sa nature. Pas de message profond, pas de posture, juste l’envie communicative de partager un grand moment de joie collective. Apres la traversee du desert et le deuil, les B-52’s ont choisi de repondre au malheur par la fete, et c’est peut etre la la plus belle des reponses. Un disque genereux, solaire, increvable, qui prouve que la legerete peut etre une forme de courage.

— Discographie —

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4,0 /5

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