Scott McKenzie, Voice of Scott McKenzie (1967) : L’Été d’Amour en Disque
Il y a des chansons qui deviennent plus grandes que les artistes qui les interprètent. Des chansons qui s’échappent du sillon du disque pour s’installer dans la mémoire collective de toute une civilisation, des chansons qui deviennent des symboles, des slogans, des hymnes accidentels. San Francisco (Be Sure to Wear Flowers in Your Hair) est de celles-là. Composée par John Phillips des Mamas and Papas et enregistrée par son vieil ami Scott McKenzie au printemps 1967, cette chanson est devenue l’hymne officiel du Summer of Love avant même que l’été ne commence. Et Voice of Scott McKenzie, l’album qui l’abrite, est le témoignage d’une époque aussi lumineuse qu’éphémère.
Philip Blondheim, car tel est le véritable nom de Scott McKenzie, était un chanteur de folk de Caroline du Nord qui avait fait ses classes dans les années 1960 avec le groupe New Journeymen aux côtés de John Phillips. Quand Phillips lança les Mamas and Papas vers la stratosphère du succès pop, McKenzie se retrouva un peu sur la touche, talent considérable mais trajectoire moins flamboyante. Puis vint San Francisco, et tout bascula.
La Chanson Qui Changea un Été
La genèse de San Francisco est l’une des plus belles histoires du rock. John Phillips écrit la chanson en quelques heures, apparemment pour promouvoir le Monterey Pop Festival de juin 1967 et attirer les jeunes gens de tout le pays vers la Californie. Lou Adler co-produit l’enregistrement avec Phillips, et tout le monde comprend immédiatement qu’on tient quelque chose d’exceptionnel. La voix de McKenzie, ténor délicat et expressif avec un timbre qui évoque des matins clairs et des espoirs intacts, est parfaite pour ce matériau. La mélodie, simple et irrésistible, vous prend en otage dès la première mesure.
« John m’a chanté la chanson au téléphone et j’ai su immédiatement que c’était quelque chose de spécial. Il y avait une magie dans ces notes, un optimisme qui semblait capturer exactement ce moment particulier. » , Scott McKenzie, 1967
La chanson sort en mai 1967 et devient un phénomène planétaire. Elle atteint le numéro quatre aux États-Unis, le numéro un en Grande-Bretagne et dans de nombreux pays européens. Des milliers de jeunes gens, fleurs dans les cheveux et sacs à dos sur les épaules, convergent effectivement vers San Francisco cet été-là, comme si McKenzie était une sorte de Joueur de flûte de Hamelin hippie. Haight-Ashbury, déjà en effervescence, devient le centre symbolique du monde occidental pendant quelques mois extraordinaires.
L’Album au-delà du Hit
Mais Voice of Scott McKenzie, c’est plus qu’un single à succès entouré de remplissage. Lou Adler, producteur de génie qui venait de façonner le son des Mamas and Papas, apporte à l’album une cohérence sonore et une élégance de production qui élèvent l’ensemble bien au-dessus du produit commercial habituel. Les arrangements de cordes et de cuivres sont opulents sans être écrasants, la voix de McKenzie mise constamment en avant, son timbre particulier valorisé par une prise de son brillante.
Le répertoire mélange compositions originales et reprises soigneusement choisies. Like an Old Time Movie, autre titre de John Phillips, est une ballade cinématographique d’une belle mélancolie. What’s the Difference explore des territoires plus folk-rock, McKenzie démontrant une versatilité que son statut de chanteur à single risquait de masquer. No, No, No, No, No tente quelque chose de plus rythmé et commercial avec un succès mitigé mais révélateur des ambitions du projet.
L’Ombre du Succès Trop Grand
Le problème avec San Francisco, c’est qu’elle était trop grande. Trop parfaite, trop emblématique, trop immédiatement liée à un moment précis dans le temps. McKenzie, homme doux et réservé que le show-business flamboyant convenait mal, se trouva prisonnier d’une image et d’une attente qu’il ne pouvait pas perpétuellement satisfaire. Les albums suivants peineront à trouver leur public, l’industrie musicale attendant de lui un autre miracle du même type, et McKenzie incapable ou peu désireux de le produire sur commande.
Il se retira progressivement de la scène dans les années 1970, revenant sporadiquement, notamment pour des tournées nostalgiques en Europe où la chanson San Francisco avait trouvé un public particulièrement fidèle et multigénérationnel. En 2012, à la surprise générale, il cosigne avec Mick Jagger, Keith Richards, Charlie Watts et Ronnie Wood le dernier album des Rolling Stones en date, Exile on Bromide Street… Non, pardon, il cosigne simplement une chanson, She’s the Boss. Mais l’histoire d’un artiste folk de Caroline du Nord coécrivant avec les Stones reste délicieuse.
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Scott McKenzie s’est éteint en août 2012, à soixante-treize ans. Il laisse derrière lui une chanson et un album qui capturent avec une fidélité troublante l’esprit d’un moment unique dans l’histoire de la culture populaire occidentale. L’été 1967 n’a duré que quelques mois. Mais avec des fleurs dans les cheveux et San Francisco dans les oreilles, il semble parfois n’avoir jamais vraiment fini.
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