The Baker Gurvitz Army
Ginger Baker après Cream
1974. The Baker Gurvitz Army publie son premier album éponyme et propose une collaboration entre l’un des batteurs les plus célèbres et les plus influents de l’histoire du rock et deux frères guitariste et bassiste qui avaient construit leur réputation dans la scène rock britannique des années 1960 et du début des années 1970. Ginger Baker, cofondateur de Cream avec Eric Clapton et Jack Bruce, a traversé après la dissolution du trio en 1968 une série de projets dont le plus intéressant avait été Blind Faith, puis Ginger Baker’s Air Force, avant de se retrouver à collaborer avec les frères Gurvitz.
Adrian Gurvitz et son frère Paul avaient joué dans Gun, groupe de hard rock britannique des années 1960, puis dans Three Man Army. Leur compétence musicale et leur expérience de la scène rock correspondent bien à l’énergie que Ginger Baker apporte naturellement dans n’importe quel projet. Le groupe est une synthèse de hard rock, de jazz-rock et de blues qui tire le meilleur de ses membres.
Ginger Baker est l’un des batteurs qui ont défini les possibilités de l’instrument dans le rock. Son jeu à deux grosses caisses, développé depuis les années de Cream, sa formation dans le jazz africain qu’il a poursuivie lors de voyages au Nigeria, sa capacité à maintenir des structures polyrythmiques complexes pendant de longues durées sans perdre ni la précision ni l’énergie : tout cela fait de lui une force naturelle difficile à intégrer dans un contexte de groupe conventionnel.
Le jazz et le rock réunis
L’album bénéficie d’une production qui laisse les musiciens s’exprimer avec une générosité et une liberté caractéristiques des enregistrements rock britanniques du début des années 1970. Les solos de guitare d’Adrian Gurvitz sont expressifs et bien calibrés, sa voix est directe et sincère, et la section rythmique qu’il forme avec son frère Paul et Baker est d’une cohésion et d’une puissance remarquables.
Les influences jazz de Baker, absorbées pendant sa formation dans les clubs de jazz londoniens dans les années 1950, se manifestent dans sa façon de travailler les temps faibles et les contretemps, de créer des polyrhythmies qui ne perturbent pas le groove mais l’enrichissent. Dans le contexte du rock plus direct d’Adrian Gurvitz, ces nuances jazz donnent à la musique une dimension et une profondeur qui la distinguent du hard rock conventionnel.
Le groupe produira deux autres albums avant de se dissoudre, Ginger Baker continuant sa carrière dans diverses formations et collaborations jusqu’à sa disparition en 2019. Le premier album reste le plus spontané et le plus énergique de leur courte discographie, celui où les trois musiciens trouvent le plus naturellement un terrain commun.
Une rencontre de générations
Baker Gurvitz Army illustre une tendance de la scène rock britannique des années 1970 : des musiciens de générations et de backgrounds différents qui se trouvent pour des projets qui n’auraient peut-être pas dû fonctionner mais qui fonctionnent parce que la musique transcende les calculs de carrière. Ginger Baker n’avait pas besoin de former ce groupe. Il l’a fait parce que la musique qu’il pouvait faire avec les Gurvitz l’intéressait.
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