1979 Album

Live

par MOTHERS FINEST

4,0
Sortie 1979

Mother’s Finest est l’un des groupes les plus mal connus et les plus sous-estimés du rock américain des années soixante-dix. Formé à Atlanta en Géorgie autour du couple Joyce Kennedy au chant et Moses Mo à la guitare, le groupe a développé un son qui intégrait le funk noir américain, le soul et le hard rock dans une synthèse totalement originale à une époque où la plupart des artistes restaient soigneusement dans les frontières de leur genre. « Live », enregistré en 1978 et sorti en 1979, est le document qui capture le mieux ce que le groupe était sur scène : une force musicale d’une puissance et d’une polyvalence rares.

Joyce Kennedy est l’une des voix les plus puissantes et les plus polyvalentes du rock américain des années soixante-dix, et son relatif anonymat par rapport à d’autres chanteuses de la même époque est une des injustices les plus flagrantes de l’histoire de la musique populaire. Sa voix couvre un registre extraordinaire : elle peut monter dans des aigus cristallins, descendre dans des graves chauds et veloutés, et passer de l’un à l’autre avec une fluidité qui dit des années de pratique et un talent naturel hors du commun. Sur « Live », on l’entend dans toutes ses dimensions, d’une chanson à l’autre, et chaque registre dit quelque chose de différent sur sa personnalité artistique.

Moses Mo à la guitare est l’autre pilier du groupe, un guitariste dont le jeu emprunte au blues, au funk et au hard rock avec la même aisance que le groupe entier puise dans différentes traditions. Sa façon de passer d’un riff de hard rock tranchant à un groove funk syncopé dans la même chanson est l’illustration parfaite de ce que Mother’s Finest faisait de mieux : supprimer les frontières entre des styles que la convention musicale de l’époque maintenait séparés.

Gary « Moses Mo » Moore et Mike Keck aux claviers complètent une section musicale qui donnait au groupe sa profondeur sonore. Les claviers de Keck, qui naviguent entre les couleurs du funk et les textures du rock, sont un élément central du son du groupe en concert. Ils permettent au groupe de construire des arrangements qui ont l’épaisseur et la richesse d’un big band tout en gardant l’énergie directe d’un quartet de rock.

La section rythmique de Barry Borden à la batterie et Jerry Seay à la basse est d’une solidité et d’une précision qui font que les parties funk les plus complexes des arrangements sonnent aussi naturellement que des chansons pop simples. Ce niveau technique, maintenu sur toute la durée d’un concert, dit des musiciens qui connaissaient parfaitement leur métier et qui avaient répété suffisamment pour que la technique devienne transparente.

« Live » capture Mother’s Finest dans leur élément naturel, celui du concert, là où leur musique trouve toute sa dimension. Les albums studio du groupe sont de qualité, mais quelque chose dans l’énergie et dans la communication avec le public leur était spécifique et ne se retrouvait pleinement que sur scène. Cet enregistrement dit cette spécificité avec une clarté qui justifiait entièrement la décision d’en faire un album.

L’influence de Mother’s Finest sur les groupes qui ont croisé funk et rock dans les années suivantes est réelle même si elle est rarement citée explicitement. Des artistes comme Living Colour, qui allaient devenir dans les années quatre-vingt les représentants les plus visibles du rock black américain, ont grandi avec Mother’s Finest comme référence de ce qu’il était possible de faire en croisant ces deux traditions. Cette influence souterraine est celle des artistes qui ouvrent des chemins que d’autres empruntent ensuite sans toujours savoir qui les avait tracés.

« Live » est une oeuvre qui mérite d’être redécouverte par tous ceux qui s’intéressent à l’histoire du rock américain dans ses dimensions les plus riches et les plus diverses. Il dit que la scène rock des années soixante-dix était bien plus variée et plus créative qu’une histoire centrée sur quelques noms célèbres ne le laisse entendre.

La longévité de Mother’s Finest dans une industrie qui traite souvent les artistes comme des modes passagères dit quelque chose sur la solidité de leurs fondations musicales. Contrairement aux groupes construits sur une image ou une tendance du moment, Mother’s Finest était bâti sur la compétence musicale, la cohérence artistique et la capacité à proposer un spectacle live d’une qualité constante. Joyce Kennedy et Moses Mo ont maintenu le groupe en activité à travers les décennies, adaptant leur son sans trahir leur identité. « Live » est le document qui dit le mieux pourquoi ce groupe mérite une place dans toute histoire sérieuse du rock américain des années soixante-dix. Il dit aussi que la catégorie « rock » était bien plus diverse et plus riche qu’une histoire centrée sur quelques figures blanches masculines ne le laisse généralement entendre. La contribution d’artistes comme Mother’s Finest à la définition de ce que le rock pouvait être mérite d’être reconnue et célébrée.

La note des passionnés

4,0 /5

Pas encore noté

Donnez votre note

Continuer l'exploration

L'anthologie continue

Live