Let Love Rule, Lenny KRAVITZ (1989) : un hippie en plein age du synthe
1989. Le monde de la pop croule sous les boites a rythmes, les synthetiseurs criards et les productions sur-compressees. Et voila qu’un jeune homme aux dreadlocks naissantes debarque avec un disque qui semble venir tout droit de 1969. Let Love Rule, premier album de Lenny Kravitz paru chez Virgin, est un magnifique anachronisme, un manifeste pour le son organique, l’amour universel et le rock a l’ancienne. A contre-courant total, et c’est precisement ce qui en fait le prix.
Un homme-orchestre
Le plus stupefiant dans cette affaire, c’est que Lenny Kravitz a quasiment tout fait lui-meme. Il joue la plupart des instruments, produit, arrange, compose. Guitare, basse, batterie, claviers : ce gamin de New York, fils d’un producteur de television et de l’actrice Roxie Roker, maitrise tout. Il enregistre avec du materiel vintage, sur bande analogique, refusant les facilites du numerique. Le resultat sonne chaud, vivant, imparfait au meilleur sens du terme, a mille lieues de la froideur de l’epoque.
Le titre-manifeste
« Let Love Rule », le morceau-titre, dit tout du personnage. Sur un groove lent et hypnotique, soutenu par un saxophone planant, Kravitz prone l’amour comme remede a tous les maux du monde. « Love is gentle as a rose, and love can conquer any war » : le message hippie aurait pu sembler naif, mais porte par cette sincerite desarmante et ce son authentique, il touche juste. La chanson devient son etendard, le morceau qu’il chantera a chaque concert pendant des decennies.
L’ombre de Lisa Bonet
Impossible de parler de ce disque sans evoquer Lisa Bonet, l’actrice vedette du Cosby Show, alors mariee a Lenny Kravitz. Elle co-signe les paroles de plusieurs titres, dont « Fear » et « Rosemary », et insuffle au disque une part de sa sensibilite. Leur histoire d’amour, intense et tourmentee, irrigue toute la matiere de l’album. Let Love Rule est aussi le journal intime d’un jeune homme amoureux, traverse de doutes et d’extases, qui transforme sa vie sentimentale en chansons.
Un melting-pot d’influences
Lenny Kravitz assume crânement ses references : Jimi Hendrix pour la guitare et le panache, John Lennon pour la quete de paix, Curtis Mayfield et Sly Stone pour le groove soul, Led Zeppelin pour la lourdeur. Cette boulimie d’influences pourrait virer au pastiche, mais le talent et le charisme du bonhomme transcendent le tout. « I Build This Garden for Us », « Be », « Mr. Cab Driver » : chaque morceau decline une facette de cet artiste qui refuse les frontieres entre rock, soul et funk.
La naissance d’une icone
Le succes ne sera pas immediat, mais Let Love Rule pose les fondations d’une des plus belles carrieres du rock des trente dernieres annees. Lenny Kravitz deviendra une icone, un style a lui tout seul, melange de glamour seventies et de sensualite intemporelle. Pourtant, ce premier disque garde une fraicheur particuliere, celle des commencements, quand un artiste se cherche encore et se trouve déja. Reécoutez-le aujourd’hui : la prophetie hippie de « Let Love Rule » n’a jamais semble aussi necessaire, et le son analogique de Lenny Kravitz n’a pas pris une ride. Un coup d’essai qui etait deja un coup de maitre.
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