1987 Album

Faith

par George MICHAEL

4,0
Sortie 1987

Adieu le minet, bonjour le mâle : George tue Wham! pour renaître

Souvenez-vous du gamin. Cheveux gonflés à la laque, short trop court, sourire de dentifrice et tubes guimauve avec le copain Andrew Ridgeley : Wham!, c’était la pop pour ados boutonneux, le Club Tropicana, les claquettes au soleil. Bien gentil tout ça. Mais en 1986, George Michael fait sauter la baraque, dissout le groupe et part en solo. Et là, mes amis, c’est la métamorphose la plus brutale de la décennie. Le 30 octobre 1987, débarque Faith, son premier disque solo, et le minet sucré se transforme en un type barbu, lunettes Ray-Ban vissées sur le nez, blouson de cuir et fesses moulées dans un Levi’s. Le môme est mort. Vive l’artiste.

Parce que le scoop, le vrai, ce n’est pas le look. C’est ce qu’il y a sous le capot. Sur ce disque, George Michael a TOUT fait. Il a écrit et produit chaque morceau (à une exception près, « Look at Your Hands », cosignée avec son pote David Austin), et il joue lui-même la plupart des instruments. Le gamin qu’on prenait pour une potiche à minijupe était en réalité un homme-orchestre, un maniaque du studio, un perfectionniste de génie. Personne ne l’avait vu venir. Tout le monde a pris la claque.

Le riff qui change tout : orgue d’église, blouson de cuir et jukebox

Et ça commence par un coup de maître diabolique. La chanson-titre, « Faith », démarre sur un orgue d’église solennel qui rejoue… le thème de « Freedom » de Wham!. Le clin d’oeil est énorme : George enterre officiellement son passé en le citant, avant de balancer LE riff. Une guitare sèche au corps métallique qui claque le fameux beat à la Bo Diddley, ce rythme rock’n’roll des années 50, sauvage et roulant. Du rockabilly de poche, malin comme un singe, irrésistible comme une fille en perfecto.

Le clip, signé Andy Morahan, c’est l’image définitive du nouveau George : blouson de cuir noir, aviateurs sur le nez, jean Levi’s, santiags, le tout adossé à un jukebox flambant. La guitare qu’il tient n’est là que pour la frime, mais on s’en fiche : la pose est parfaite. En trois minutes, le minet de Wham! devient une icône sexuelle. Résultat des courses : numéro un aux États-Unis pendant quatre semaines, single de l’année 1988 selon Billboard.

Le sexe qui fâche : « I Want Your Sex » met le feu

Mais George ne se contente pas de séduire, il provoque. Le premier single tiré du projet, « I Want Your Sex », fait l’effet d’une bombe lacrymogène dans le salon de mémé. Le titre tout seul donne des sueurs froides aux programmateurs : jugé sulfureux, carrément obscène pour l’Amérique puritaine de Reagan, le morceau se fait bannir de nombreuses radios qui refusent ne serait-ce que d’annoncer son nom à l’antenne. Le clip, lui, suinte le désir à plein tube. George aura beau jurer que la chanson est un plaidoyer pour la fidélité au sein du couple, rien n’y fait : le scandale est là, et le scandale, ça vend. La controverse, finalement, c’est le meilleur attaché de presse qui soit.

Le grand chelem : quatre numéro un et un Grammy sur la cheminée

Et le reste de la galette ? Du velours, du muscle, du grand art. « Father Figure », d’abord, ce slow vénéneux, cette ambiance feutrée et inquiète où George murmure plus qu’il ne chante : une merveille de production, sensuelle à se damner. Numéro un. « One More Try » ensuite, une ballade soul gigantesque, gospel jusqu’aux tripes, qui prouve que le bonhomme a une voix de crooner blanc nourri à la musique noire. Numéro un. « Monkey » enfin, son funk électronique nerveux et dansant. Numéro un, encore.

Faites le calcul : QUATRE singles numéro un aux États-Unis tirés d’un seul album. Du jamais-vu pour un artiste masculin solo britannique sur le Billboard Hot 100. Le record fait toujours figure d’exploit himalayen. L’industrie, médusée, finit par s’incliner : aux Grammy Awards de 1989, Faith rafle le trophée suprême, l’Album de l’année. Le môme à claquettes ramasse la timbale que convoitent les plus grands. Et le public, lui, vote avec son portefeuille : environ 25 millions d’exemplaires écoulés à travers la planète. Un des albums les plus vendus de tous les temps, point barre.

Pourquoi ça tient encore debout, presque quarante ans après

La vérité, c’est que Faith n’a pas pris une ride. Là où tant de disques eighties croulent sous les synthés cheap et les batteries en carton-pâte, celui-ci sonne encore comme un coup de poing. Parce que derrière le bronzage et les fesses moulées, il y a un vrai songwriter, un orfèvre du studio, un type qui savait écrire une mélodie qui vous trotte dans le crâne pendant trois jours. George Michael a réussi le tour de force impossible : transformer une idole de magazine pour ados en artiste adulte, crédible, respecté, autonome de A à Z. Il a tué Wham! pour mieux ressusciter en patron.

Alors la prochaine fois qu’on vous ressort le cliché du chanteur de variété pour minettes, mettez-leur l’orgue d’église de « Faith » dans les oreilles, le riff qui suit, et observez la tête qu’ils font. Faith, ce n’est pas un disque de pop. C’est l’acte de naissance d’un géant. Et croyez-moi sur parole : il en faut, de la foi, pour oser brûler tout ce qu’on était et renaître plus grand. George l’a fait. Chapeau bas.

La note des passionnés

4,0 /5

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