1977 Album

Exodus

par Bob MARLEY

4,0
Sortie 1977
Artiste Bob MARLEY
Genres reggae · ska

Mâtiné de soul, parfois funky (la monumentale chanson-titre), « Exodus » se révèle extrêmement chaleureux. Bob Marley vient de vivre une période difficile en Jamaïque et s’est installé à Londres pour enregistrer cet album, considéré par le magazine Time comme le meilleur de tout le XXe siècle.

Londres, l’exil et la renaissance

Robert Nesta Marley naît à Nine Mile, Saint Ann Parish, Jamaïque, en 1945. Fils d’un père blanc anglais et d’une mère jamaïcaine noire, il grandit entre deux cultures sans appartenir complètement à aucune. Cette position de frontière, d’entre-deux, sera au coeur de sa musique et de son message : la réconciliation plutôt que la séparation, le mouvement plutôt que le stationnement.

Après les tensions politiques qui ont entouré sa participation à un concert de paix en Jamaïque, Marley s’installe à Londres en 1976. Il loue une maison à Kensington et commence à y travailler avec les Wailers sur les chansons qui deviendront « Exodus ». Cette période londonienne l’expose à une communauté jamaïcaine de la diaspora, à des influences musicales nouvelles, et lui donne un recul sur la Jamaïque qu’il n’aurait pas eu s’il était resté sur l’île.

Natural Mystic et l’ouverture en majesté

« Natural Mystic » ouvre l’album avec une lenteur et une gravité qui imposent immédiatement le ton : ceci n’est pas un album de fête, c’est un album de réflexion et de profondeur. La guitare de Junior Marvin tourne dans un groove hypnotique pendant que la basse de Family Man Barrett tient le fond avec une régularité presque liturgique. Marley chante sur un monde qu’il observe avec sérieux et avec foi.

L’album est divisé en deux faces très distinctes. La première (Natural Mystic, So Much Things to Say, Guiltiness, The Heathen, Exodus) est sombre et sérieuse, des chansons sur la persévérance spirituelle et la résistance. La deuxième face (Jamming, Waiting in Vain, Turn Your Lights Down Low, Three Little Birds, One Love) est lumineuse et festive, des chansons d’amour et d’espoir. C’est une architecture d’album remarquablement conçue.

Bob Marley en concert
Bob Marley, le plus grand ambassadeur de la musique jamaïcaine et de la philosophie rastafari dans le monde

Three Little Birds et One Love

« Three Little Birds » est l’une des chansons les plus apaisantes jamais enregistrées. « Don’t worry about a thing / ‘Cause every little thing gonna be alright. » Marley dit l’avoir écrite en observant des oiseaux qui venaient s’asseoir sur son balcon à Kingston. La simplicité absolue du texte et de la mélodie est la plus difficile des réussites artistiques : dire quelque chose de profond avec les mots les plus simples possible.

« One Love / People Get Ready » ferme l’album. « One Love » est à l’origine une composition que Marley avait écrite avec les premiers Wailers en 1965, fondée sur les paroles de Lévitique dans la Bible. Il la reprend ici en la fusionnant avec « People Get Ready » de Curtis Mayfield, un classique de la soul américaine. Cette fusion entre le reggae jamaïcain et la soul afro-américaine est un acte symbolique : la diaspora africaine se retrouve dans la musique, même quand l’histoire a tout fait pour la diviser. Time Magazine a désigné « Exodus » comme l’album du XXe siècle. Ce jugement est défendable.

— Discographie —

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La note des passionnés

4,0 /5

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