1978 Album

Handsworth Revolution

par STEEL PULSE

4,0
Sortie 1978
Genres reggae

Handsworth est un quartier de Birmingham, en Angleterre, où une communauté jamaïcaine et caribéenne s’est installée depuis les années cinquante et soixante, apportant avec elle une culture, une musique et une façon de vivre qui ont transformé ce quartier industriel en quelque chose d’entièrement différent. Steel Pulse, formé dans ce quartier en 1975, est le groupe qui a mis cette réalité en musique avec la précision et la conviction d’artistes qui parlent de ce qu’ils connaissent par expérience directe. « Handsworth Revolution », leur premier album, sorti en 1978, est l’un des disques les plus importants du reggae britannique.

Steel Pulse se distingue du reggae jamaïcain par son ancrage explicite dans la réalité britannique. Les chansons ne parlent pas de Kingston ou de la campagne jamaïcaine mais de Birmingham, de ses rues, de ses quartiers, de la façon dont les Britanniques noirs vivent dans ce pays qui est le leur autant que celui de quiconque mais qui ne les traite pas toujours comme des égaux. Cette spécificité géographique et sociale est l’une des choses les plus précieuses de l’album : c’est du reggae fait par des Britanniques pour parler de la Grande-Bretagne.

« Ku Klux Klan » est la chanson la plus directement politique de l’album, une attaque frontale contre le racisme et les organisations qui en font leur idéologie. Steel Pulse portait des robes du Ku Klux Klan sur scène pour illustrer leur propos, une mise en scène qui choquait certains et galvanisait le public de leurs concerts. Cette volonté de confrontation directe est caractéristique du groupe : ils n’utilisaient pas la métaphore pour parler du racisme mais le nommaient explicitement.

« Handsworth Revolution » en tant que chanson dit l’ambition du groupe : non pas une révolution violente mais une transformation culturelle et sociale, une prise de conscience collective qui passe par la musique et la solidarité. Le reggae de Steel Pulse est moins mystique que celui de Bob Marley et moins militant que celui de Peter Tosh, mais il est ancré dans une réalité sociale britannique spécifique qui lui donne une force particulière.

David Hinds, chanteur et compositeur principal du groupe, a une voix qui dit à la fois la tradition jamaïcaine du reggae et les racines britanniques du groupe. Sa façon de phraser, de placer les mots sur le rythme, dit quelqu’un qui a grandi en écoutant à la fois les disques jamaïcains que ses parents aimaient et la musique britannique qu’il entendait à la radio et dans les clubs.

La production d’Island Records donne à l’album une clarté et une richesse sonores qui reflètent le professionnalisme du label. Chris Blackwell, fondateur d’Island et homme derrière la carrière internationale de Bob Marley, avait compris avant beaucoup d’autres que le reggae britannique avait un avenir distinct du reggae jamaïcain et qu’il méritait d’être documenté et distribué avec le même soin.

« Prodigal Son » est l’un des moments les plus spirituels de l’album, une chanson qui utilise la parabole biblique du fils prodigue pour parler du retour aux racines culturelles et spirituelles. Steel Pulse n’a jamais été aussi directement rastafari que Bob Marley, mais la dimension spirituelle de leur musique est présente dans la façon dont ils traitent les questions d’identité et d’appartenance.

« Macka Splaff » et « Nyah Luv » montrent la face plus festive et plus dansante du groupe, des morceaux qui invitent le corps à répondre à la musique autant que l’esprit à réfléchir aux textes. Cette capacité à conjuguer le message politique et la joie musicale est l’une des traditions les plus fructueuses du reggae, et Steel Pulse en est l’un des représentants les plus complets.

« Handsworth Revolution » a été reconnu comme un album fondateur du reggae britannique et de la culture black britannique des années soixante-dix et quatre-vingt. Il a montré qu’une communauté immigrée pouvait créer quelque chose d’entièrement nouveau en combinant ses racines avec son expérience présente, et que cette création pouvait être à la fois politiquement engagée et musicalement belle.

Steel Pulse a continué à développer leur vision du reggae britannique dans les albums qui ont suivi « Handsworth Revolution », notamment « Tribute to the Martyrs » en 1979, qui approfondissait les thèmes politiques du premier album. Leur contribution à la culture black britannique des années soixante-dix et quatre-vingt va bien au-delà de la musique : ils faisaient partie d’une génération d’artistes qui construisaient une identité culturelle propre pour les Britanniques noirs, une identité qui n’était ni jamaïcaine ni britannique au sens étroit mais quelque chose de nouveau et de spécifique à leur expérience. « Handsworth Revolution » est le document fondateur de cette construction identitaire, l’album qui dit qu’on peut être britannique et caribéen en même temps, et que cette double appartenance est une richesse plutôt qu’une contradiction. L’influence de Steel Pulse sur les générations suivantes de musiciens reggae et de musiciens noirs britanniques en général est directe et souvent reconnue comme fondatrice.

La note des passionnés

4,0 /5

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Handsworth Revolution