1976 Album

Super Ape

par Lee Scratch PERRY

4,0
Sortie 1976
Genres reggae

Sorcier de studio, Lee « Scratch » Perry est parfois comparé à un Phil Spector du reggae. Il est le premier producteur de Bob Marley et des Wailers. Mais sa discographie personnelle est aussi impressionnante. Avec « Super Ape » il atteint un niveau de production inégalé dans le reggae et le dub.

Le Black Ark, le studio comme instrument

Rainford Hugh Perry naît à Kendal, en Jamaïque, en 1936. Après avoir travaillé dans les studios de Coxsone Dodd à Kingston, il ouvre son propre studio, le Black Ark, dans sa cour de la rue Washington Gardens à Kingston en 1973. Ce studio de quatre pistes, modeste par ses équipements, devient sous ses mains le lieu de production le plus inventif de la musique jamaïcaine des années 70.

Perry traite l’espace studio comme un instrument à part entière. Il enfouit des bandes magnétiques dans le sol « pour les énergiser ». Il couvre les murs de photos, de magazines découpés, de symboles spirituels. Il introduit des sons d’animaux, de la nature, de la rue dans ses mixages. Il empile les effets d’écho et de reverb d’une façon qui crée des espaces sonores tridimensionnels que personne d’autre ne savait alors créer. Bob Marley et les Wailers, Max Romeo, Junior Murvin, les Congos : tous les grands de la musique jamaïcaine de l’époque viennent travailler avec lui.

Le dub comme architecture sonore

« Super Ape » est l’album où Perry pousse la technique dub à ses limites les plus créatives. Le dub est une forme de remix née en Jamaïque : on prend une chanson reggae, on retire certains éléments, on amplifie les basses et la batterie, on ajoute des échos et des effets, et on crée quelque chose de nouveau qui semble venir d’un espace différent de l’original. Avec Perry, le dub devient une musique à part entière, pas simplement un dérivé.

« Croaking Lizard », « Underground », « Black Vest » : les titres de « Super Ape » évoquent un monde naturel et mystérieux, des jungles sonores où les basses grondent comme des tonnerre et les percussions claquent comme des brindilles sous les pieds. Les Upsetters, son groupe de studio, jouent avec une précision et une liberté simultanées qui sont la marque des grands musiciens de studio jamaïcains.

L’héritage mondial du Black Ark

Lee « Scratch » Perry incendiera lui-même le Black Ark en 1979, détruisant une partie de ses archives et mettant fin à la période la plus créative de sa carrière. Les raisons restent mystérieuses : problèmes personnels, excès de toutes sortes, peut-être simplement une décision de brûler ce qu’il avait créé pour passer à autre chose. Il continuera d’enregistrer et de performer jusqu’à sa mort en août 2021, à quatre-vingt-cinq ans.

L’influence du Black Ark et de « Super Ape » sur la musique mondiale est immense et souvent méconnue. The Clash, qui font enregistrer « Complete Control » avec Perry à Londres en 1977, importent directement ces techniques dans le punk britannique. Brian Eno cite Perry comme influence dans sa propre exploration des espaces sonores. Le hip-hop, la drum’n’bass, le trip-hop : tous ces genres doivent quelque chose à la façon dont Perry a compris que le studio était un instrument de composition à part entière, aussi important que la guitare ou la voix.

La note des passionnés

4,0 /5

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Super Ape