All Is Dream, MERCURY REV (2001) : la feerie symphonique
Il y a des disques qui ressemblent a des contes de fees pour adultes, des oeuvres ou la realite se dissout dans le reve et l’orchestre. All Is Dream, cinquieme album de Mercury Rev paru en 2001, est de ceux-la. Apres le triomphe de Deserter’s Songs trois ans plus tot, les Americains poussent encore plus loin leur rock psychedelique orchestral, dans une debauche de cordes luxuriantes et de melodies cinematographiques. Porte par la voix fragile et haut perchee de Jonathan Donahue, c’est un disque grandiose et reveur, une feerie sonore qui semble venue d’un autre monde.
Apres le miracle Deserter’s Songs
Mercury Rev revenait de loin. Apres des debuts chaotiques et bruitistes, le groupe avait failli imploser avant de renaître avec Deserter’s Songs en 1998, disque de la consecration qui les avait sortis de la confidentialite. All Is Dream avait donc la lourde tache de succeder a ce chef-d’oeuvre. Plutot que de se repeter, Donahue et son complice guitariste Grasshopper choisissent d’amplifier encore l’ambition orchestrale, de viser plus grand, plus haut, plus symphonique. Un pari risque qui aurait pu sombrer dans la grandiloquence, mais que le groupe releve avec une maîtrise impressionnante.
La main de Tony Visconti
Le secret de la splendeur orchestrale du disque porte un nom prestigieux : Tony Visconti. Le producteur et arrangeur legendaire, complice historique de David Bowie et de T. Rex, signe les arrangements de cordes qui donnent a All Is Dream son ampleur cinematographique. Cette collaboration n’est pas un hasard : elle inscrit Mercury Rev dans une grande tradition du rock orchestral et symphonique, celle des productions ambitieuses ou les violons dialoguent avec les guitares. Visconti apporte sa science des grands espaces sonores, sa capacite a faire respirer un orchestre derriere une chanson pop.
The Dark Is Rising, le sommet
Le joyau du disque s’appelle « The Dark Is Rising », single d’une grandeur bouleversante, ou la voix d’enfant perdu de Donahue se fond dans une vague de cordes majestueuses. Le morceau atteint une beaute douloureuse, une emotion a fleur de peau, qui en fait l’un des sommets de toute la discographie du groupe. « Nite and Fog », premier single, et « Little Rhymes » prolongent cette atmosphere de reve eveille, entre melancolie et emerveillement. Chaque chanson semble flotter dans un espace suspendu, hors du temps, comme une berceuse pour adultes nostalgiques.
Une voix venue d’ailleurs
Au centre de tout, il y a la voix de Jonathan Donahue. Fragile, haut perchee, presque enfantine, elle porte en elle une innocence et une vulnerabilite rares. Cette voix singuliere, qui peut derouter au premier abord, devient vite le coeur emotionnel de la musique de Mercury Rev. Elle raconte des histoires de montagnes, de brumes, de creatures fantastiques, avec la candeur d’un conteur emerveille. Loin des poses viriles du rock, Donahue assume une sensibilite a vif, une poesie du reve et de l’enfance, qui donne a l’ensemble sa couleur si particuliere et inimitable.
Une famille psychedelique
Mercury Rev appartient a une petite famille du rock psychedelique americain, intimement liee a une autre formation culte : les Flaming Lips. Les deux groupes partagent le meme producteur, Dave Fridmann, et une histoire commune, Donahue ayant joue dans les Flaming Lips a leurs debuts. Cette parente esthetique, ce goût partage pour les arrangements luxuriants et les univers oniriques, dessine tout un courant du rock americain de la fin des annees 90, celui d’une psychedelie orchestrale et reveuse, a mille lieues du cynisme ambiant. Une bulle de feerie dans un monde brutal.
La reconnaissance critique
L’accueil critique fut a la hauteur de l’ambition : All Is Dream recueillit des eloges nourris, salue pour sa beaute formelle et son audace orchestrale. Le disque atteignit le meilleur classement britannique du groupe a l’epoque et figura dans plusieurs palmares de fin d’annee. Le destin voulut qu’il sorte aux Etats-Unis le 11 septembre 2001, dans le fracas de l’actualite, ce qui n’aida pas a sa diffusion outre-Atlantique. Mais le disque s’imposa peu a peu comme un nouveau sommet, confirmant que la renaissance de Mercury Rev n’avait rien d’un feu de paille.
Une beaute a contre-courant
Sortir un disque aussi ouvertement beau, aussi assume dans son lyrisme orchestral, n’avait rien d’evident en 2001. L’epoque etait plutot a l’ironie, au cynisme, a une certaine retenue emotionnelle. Mercury Rev prit le contre-pied de cette tendance en osant la grandeur sans masque, l’emotion sans garde-fou, la feerie sans gene. Ce courage de la beaute, ce refus de la distance protectrice, fait toute la valeur de All Is Dream. Le groupe assume une sensibilite romantique presque demodee, une foi dans le pouvoir emotionnel de la musique qui force le respect. Dans un monde qui se mefie des grands sentiments, oser ainsi le sublime releve d’une forme de bravoure artistique rare et precieuse.
Tout est reve
Reecoutez All Is Dream les yeux fermes, laissez-vous emporter par ses vagues de cordes et la voix d’elfe de Donahue : vous comprendrez le titre. Tout est reve, en effet, dans cette musique qui refuse la pesanteur du reel pour atteindre une forme de grace flottante. Mercury Rev y signe l’un des plus beaux disques de rock orchestral de sa generation, une oeuvre genereuse et ambitieuse qui ose la beaute sans complexe. Dans un paysage musical souvent marque par l’ironie et la distance, cette feerie sincere fait figure d’oasis. Un disque pour rever encore, longtemps apres la derniere note. Sublime.
Plus de MERCURY REV
Voir la fiche artiste →La note des passionnés
Pas encore noté
Donnez votre note
Continuer l'exploration



