Fine Young Cannibals, le groove qui rend fou
Roland Gift possede l’une des voix les plus reconnaissables des annees 80, ce vibrato aigu et tremblant, ce timbre soul venu d’ailleurs. Avec Andy Cox et David Steele, anciens du groupe ska The Beat, il forme Fine Young Cannibals, et offre en 1989 son chef d’oeuvre, « The Raw & the Cooked ». Le titre est emprunte au « Cru et le Cuit » de l’anthropologue Claude Levi-Strauss, clin d’oeil savant pour un disque qui va pourtant faire danser la planete entiere sans se poser de questions.
Apres un premier album remarque, le trio frappe fort avec ce deuxieme effort qui melange pop, soul, rockabilly et grooves modernes avec une efficacite redoutable. La voix de Gift, instrument unique, se pose sur des rythmiques imparables, et le tout sonne a la fois retro et furieusement contemporain. Cox et Steele, fins arrangeurs venus de la scene ska de Birmingham, construisent des chansons taillees pour les charts sans jamais sacrifier l’elegance ni la personnalite.
Deux numeros un planetaires
« She Drives Me Crazy » ouvre les hostilites avec son riff de guitare claquant comme un fouet et son refrain qui se grave instantanement dans le crane. Numero un aux Etats Unis, le morceau devient l’un des plus gros tubes de l’annee, reconnaissable des sa premiere seconde. « Good Thing » suit derriere, groove rockabilly irresistible, et atteint lui aussi le sommet des charts americains. Deux numeros un pour un seul album, l’exploit est rare et propulse le groupe au firmament de la pop mondiale.
« The Raw & the Cooked » se hisse en tete des classements d’albums des deux cotes de l’Atlantique, consacrant Fine Young Cannibals comme l’un des phenomenes de la fin de la decennie. Le secret de ce succes tient dans cette alchimie unique, la voix extraterrestre de Gift posee sur des grooves d’une precision d’orfevre. Chaque morceau respire le tube, et pourtant l’ensemble garde une vraie personnalite, loin de la pop calibree sans ame qui encombrait les ondes de l’epoque.
Ecoutez la production immaculee, ces guitares sculptees, cette basse qui pulse, cette batterie sechement compressee si caracteristique de la fin des annees 80. Roland Gift y deploie tout son charisme vocal, passant du murmure soul au cri percant avec une aisance stupefiante. Beau comme un acteur, il tatera d’ailleurs du cinema, mais c’est bien sa voix qui restera dans toutes les memoires, ce timbre que l’on reconnait des la premiere seconde, sans jamais le confondre avec aucun autre.
Il y a quelque chose de profondement britannique dans cette facon de digerer la musique noire americaine pour en faire une pop dansante et raffinee. Cox et Steele avaient deja explore ce terrain avec The Beat, melant le ska jamaicain et la pop anglaise. Avec Fine Young Cannibals, ils poussent la formule un cran plus loin, vers la soul et le rockabilly, et trouvent dans la voix de Gift le chainon manquant qui relie toutes ces influences en un son immediatement identifiable.
Curieusement, le groupe ne donnera pas de veritable suite a ce triomphe, se separant peu apres au sommet de sa gloire. « The Raw & the Cooked » reste donc comme un eclat parfait, un disque de pop soul intemporel qui n’a pas pris une ride. Deux tubes monstrueux, une voix inoubliable, un groove qui rend fou, et la preuve qu’on peut conquerir le monde avec elegance et intelligence. Un classique solaire de la fin des eighties, a ressortir des que le soleil pointe le bout de son nez.
Un eclair dans le ciel pop
L’histoire de Fine Young Cannibals tient en quelques annees fulgurantes et deux albums seulement. C’est peu, et pourtant l’empreinte laissee est profonde. Rares sont les groupes a avoir marque aussi durablement les esprits avec une production aussi reduite. La voix de Roland Gift, instrument unique entre tous, suffit a elle seule a rendre chaque chanson immediatement identifiable, et a inscrire le groupe dans la memoire collective de toute une generation.
Le succes phenomenal de « The Raw & the Cooked » aurait pu enchainer le groupe a une formule, le condamner a se repeter indefiniment. Plutot que de ceder a cette facilite, ses membres ont prefere s’arreter au sommet, laissant derriere eux un disque parfait que rien n’est venu ternir. Ce choix, rare et courageux dans une industrie obsedee par la rentabilite, donne a l’album une aura particuliere, celle des oeuvres qui n’ont jamais eu le temps de decevoir.
Aujourd’hui encore, « She Drives Me Crazy » et « Good Thing » surgissent regulierement des ondes, des bandes son de films et des soirees nostalgiques, intactes, increvables. Elles rappellent une epoque ou la pop savait encore marier l’exigence et le plaisir immediat, l’intelligence et la danse. Fine Young Cannibals aura ete un eclair, bref et eblouissant, mais cet eclair continue d’illuminer la memoire de tous ceux qui ont vibre sur ces grooves irresistibles.
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