Pills ‘n’ Thrills and Bellyaches
par HAPPY MONDAYS
Pills ‘n’ Thrills and Bellyaches, HAPPY MONDAYS (1990) : la fete absolue
Si Madchester avait un disque-totem, ce serait celui-la. Pills ‘n’ Thrills and Bellyaches, paru en 1990 sur le mythique label Factory, est le chef-d’oeuvre hedoniste des Happy Mondays, le sommet de cette scene de Manchester ou le rock, le funk, la dance et les drogues festives fusionnaient dans une euphorie collective. Un disque qui sent la sueur des clubs, l’extase chimique et la liberté totale d’une jeunesse qui dansait sa vie.
Shaun Ryder, poete de caniveau
Au centre du chaos trone Shaun Ryder, personnage hors norme, mi-voyou mi-genie, dont les textes décousus et hallucinés ont fait l’admiration des plus grands. Tony Wilson, le patron de Factory, le comparait carrément a W.B. Yeats. Sa diction trainante, son argot mancunien impenetrable, ses images surrealistes nées des brumes de la drogue : Ryder est un parolier unique, un poete du bitume qui transforme le baragouin en pure poesie pop.
Step On, le tube qui fait sauter
« Step On », reprise transfigurée d’un vieux titre de John Kongos, devient l’hymne absolu de la scene baggy. Porté par un groove irresistible, le cri de « You’re twistin’ my melon, man ! » entre dans la legende. Le morceau fait sauter les pistes du monde entier et propulse les Happy Mondays au sommet. « Kinky Afro », avec son groove funky et son refrain entetant, confirme que ce groupe de loubards savait pondre des tubes redoutables sous des dehors de joyeux bordel.
Oakenfold et la patte dance
Le coup de genie du disque, c’est d’avoir confie la production a Paul Oakenfold et Steve Osborne, deux figures de la scene dance. Ils apportent aux chansons une dimension club indeniable, des beats taillés pour les nuits de rave, une production groovy et moderne. Cette rencontre entre un groupe de rock crasseux et la culture house produit une alchimie parfaite, le son meme de Madchester dans toute sa splendeur.
L’esprit Factory
Ce disque incarne l’apogee et le chant du cygne du label Factory, cette maison de disques mancunienne legendaire qui aura abrite Joy Division, New Order et l’Hacienda, le club mythique de la ville. Les Happy Mondays, avec leurs exces homeriques, finiront d’ailleurs par couler le label dans une dilapidation devenue mythique. Mais avant le naufrage, il y eut ce sommet, cette explosion de joie et de groove.
Le disque d’une epoque dorée
Pills ‘n’ Thrills and Bellyaches reste le document definitif d’une parenthese enchantee, ce bref moment ou Manchester fut le centre du monde, ou une jeunesse entiere dansait dans l’euphorie d’une liberté retrouvée. Tout y respire l’insouciance, le plaisir, le refus de se prendre au serieux. Reécoutez « Step On » et « Kinky Afro » : leur groove a la fois sale et irresistible n’a rien perdu de sa force. Les Happy Mondays etaient peut-etre des desastres ambulants, mais ils ont signe l’un des disques les plus joyeux et liberateurs de leur generation. La fete eternelle, capturee sur bande.
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