1989 Album

More Songs About Love & Hate

par The GODFATHERS

4,0
Sortie 1989

More Songs About Love & Hate, The GODFATHERS (1989) : costumes noirs et rock de rue

Il y a des groupes qui ont compris une fois pour toutes que le rock’n’roll, ce sont avant tout une attitude et un costume. Les Godfathers debarquent de Londres au milieu des annees 80 sanglés dans des costumes noirs impeccables, la coupe nette, le regard mauvais, comme une bande de gangsters echappes d’un film de Jean-Pierre Melville qui auraient decide de brancher des Marshall. En 1989, ils publient chez Epic More Songs About Love & Hate, un titre qui fait un clin d’oeil malicieux au More Songs About Buildings and Food des Talking Heads, mais le contenu, lui, n’a rien d’art-rock cerebral : c’est du rock de rue, dru, direct, taille pour les coups de poing.

Les freres Coyne, moteur du gang

Au coeur de la machine, deux freres : Peter Coyne au chant, Chris Coyne a la basse. Une fratrie qui s’engueule et se complete, comme souvent dans les meilleures histoires du rock. Ils avaient deja frappe fort avec Birth, School, Work, Death en 1988, ce slogan nihiliste devenu hymne de toute une jeunesse anglaise coincee entre le pointage a l’usine et le pub du coin. Avec ce nouveau disque, ils affinent la recette sans la trahir : guitares tranchantes, rythmique de boxeur, refrains qui s’accrochent au crane.

Un pont entre le punk et le mod revival

Ce qui rend les Godfathers attachants, c’est qu’ils refusent les chapelles. Il y a du punk dans leur urgence, du mod dans leur elegance vestimentaire, un soupcon de garage americain des sixties dans le grain des guitares. On pense aux Who periode My Generation, on pense au Dr. Feelgood de Wilko Johnson pour la nervosite du jeu, on pense aux MC5 pour la fureur. Les Godfathers brassent tout cela et le recrachent avec un sens consomme du riff qui claque.

She Gives Me Love et la mecanique du single

« She Gives Me Love » fonctionne comme un coup de semonce : intro qui mord, couplet ramasse, refrain qui explose. C’est du rock sans gras, sans solo interminable, sans posture progressive. Le groupe a compris que la pop, la vraie, tient dans trois minutes bien senties. Tout au long du disque, cette economie de moyens fait merveille. Aucune chanson ne s’eternise, chaque morceau va a l’essentiel comme un uppercut.

Amour et haine, les deux faces d’une meme piece

Le titre annonce le programme : il sera question d’amour et de haine, ces deux carburants eternels du rock’n’roll. Peter Coyne chante la frustration, la rage sociale, les histoires de coeur qui tournent mal, avec cette voix eraillee qui sent la biere tiede et la nuit blanche. Il n’y a pas une once de cynisme calcule la-dedans, juste une sincerite brute de garcons qui ont grandi dans le Londres gris de Thatcher et qui transforment leur colere en electricite.

Un disque qui n’a pas pris une ride

Les Godfathers n’ont jamais connu la gloire stratospherique de certains de leurs contemporains, mais ils ont laisse une trace tenace dans le coeur des amateurs de rock sans concession. More Songs About Love & Hate reste un manifeste : celui d’un rock qui ne triche pas, qui ne se deguise pas en autre chose qu’il n’est. Ecoutez-le aujourd’hui, le costume noir n’a pas perdu de son chic et les guitares cognent toujours aussi fort. Dans un monde sature de musique calibree, cette honnetete-la fait du bien.

— Discographie —

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