1988 Album

Fisherman’s Blues

par The WATERBOYS

4,0
Sortie 1988

Fisherman’s Blues, The WATERBOYS (1988) : le grand virage celtique

Il faut une certaine audace pour abandonner une formule qui marche au profit d’une direction radicalement nouvelle. The Waterboys, groupe mene par l’Ecossais Mike Scott, s’etaient fait connaitre par un rock ample et anthemique, surnomme la grande musique, qui leur avait valu un succes notable. Mais avec « Fisherman’s Blues », paru en 1988, Scott opere un virage spectaculaire vers le folk irlandais et celtique, troquant les grandes envolees rock pour la chaleur des instruments traditionnels. Le resultat est un disque joyeux, organique et profondement attachant.

L’appel de l’Irlande

Ce changement de cap est intimement lie a l’installation de Mike Scott en Irlande, ou il se laisse imprégner par la richesse de la tradition musicale locale. Cette immersion dans la culture celtique transforme sa facon de concevoir la musique, l’eloignant des grands espaces rock pour le rapprocher de la chaleur des sessions folk, de la spontaneite, de la convivialite. Le disque porte la marque de cette decouverte, de cet enthousiasme pour une musique nouvelle.

L’arrivee du violoniste Steve Wickham joue un role determinant dans cette mutation. Son instrument, central dans la musique celtique, apporte aux Waterboys une couleur nouvelle, une chaleur et une vivacite qui transforment leur son. La rencontre entre la sensibilite de Scott et le talent de Wickham donne naissance a une alchimie particuliere, au coeur de la reussite du disque.

La chanson-titre et les sommets

« Fisherman’s Blues », la chanson-titre qui ouvre l’album, est une merveille d’energie et de joie. Portee par le violon endiable de Wickham et par le chant enthousiaste de Scott, elle exprime une aspiration a la liberte, un desir d’evasion, avec une fougue communicative. C’est devenu l’un des morceaux les plus aimes du groupe, hymne a la vie et a la liberte qui ne manque jamais son effet.

Le reste de l’album deploie cette meme generosite, alternant les morceaux enleves et les ballades plus intimes, comme la magnifique « And a Bang on the Ear », chronique tendre et nostalgique des amours passees. Partout, la meme chaleur, la meme sincerite, la meme joie de jouer une musique ancree dans la tradition mais vibrante de vie.

Une musique organique

Ce qui frappe dans « Fisherman’s Blues », c’est sa dimension organique, vivante, spontanee. Loin des productions leches de l’epoque, le disque respire l’authenticite, le plaisir de jouer ensemble, la convivialite des sessions folk. On sent des musiciens qui prennent du bonheur a faire de la musique, qui se nourrissent de la tradition tout en y apportant leur propre energie.

Cette approche, ce retour a une musique plus naturelle et plus chaleureuse, tranche avec les tendances dominantes de la fin des annees quatre-vingt, souvent marquees par les synthetiseurs et les productions artificielles. Les Waterboys font le choix inverse, celui de l’humain, de l’organique, du vivant, et c’est cette authenticite qui fait le charme durable du disque.

Un disque charniere

« Fisherman’s Blues » marque un tournant decisif dans la carriere des Waterboys, les engageant durablement sur la voie du folk celtique. Ce choix audacieux, qui aurait pu derouter le public conquis par leurs disques rock precedents, se revele payant, le disque rencontrant un succes et une reconnaissance durables. Il prouve que suivre son inspiration, meme a contre-courant, peut conduire aux plus belles reussites.

Le groupe poursuivra dans cette veine celtique avant que Mike Scott n’explore encore d’autres directions au fil d’une carriere riche et changeante. Mais ce disque reste un sommet, le moment ou les Waterboys ont trouve une nouvelle voix, chaleureuse et joyeuse, qui leur a valu l’affection durable du public.

Une joie contagieuse

Reecoute aujourd’hui, l’oeuvre conserve toute sa joie et sa chaleur. C’est un disque qui rechauffe le coeur, qui donne envie de danser et de chanter, qui transmet une energie positive et communicative. Dans un monde musical souvent marque par la mélancolie ou le cynisme, cette joie pure fait un bien fou.

Pour qui aime le folk celtique, l’energie organique et la sincerite, « Fisherman’s Blues » reste une valeur sure, un disque genereux et lumineux qui temoigne d’une rencontre heureuse entre un groupe rock et une tradition seculaire. Les Waterboys y ont prouve qu’un virage audacieux pouvait conduire a la plus belle des reussites, et ce disque demeure l’un des plus beaux temoignages de cette alchimie celtique. Une pure merveille de chaleur humaine.

Un disque ne d’une longue gestation

« Fisherman’s Blues » est aussi le fruit d’un travail long et foisonnant. Mike Scott et ses compagnons ont enregistre une quantite considerable de musique durant les sessions, explorant de multiples directions, accumulant les prises et les chansons, dans une effervescence creatrice nourrie par leur immersion irlandaise. L’album finalement publie ne represente qu’une fraction de ce materiau, et bien des annees plus tard, des coffrets reveleront l’ampleur de ce travail, montrant a quel point cette periode fut prolifique pour le groupe. Cette abondance temoigne de l’enthousiasme et de la liberte qui regnaient durant ces sessions, de ce sentiment de redecouverte de la musique que vivait Mike Scott. Loin du calcul et de la contrainte, le groupe creait dans la joie et l’exploration, et c’est cette energie particuliere qui transparait dans le disque. « Fisherman’s Blues » porte la trace de cette gestation heureuse, de ce bonheur de jouer retrouve au contact de la tradition celtique. C’est sans doute pour cela qu’il degage une telle vitalite.

La note des passionnés

4,0 /5

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Fisherman’s Blues