1989 Album

Holding Back the River

par WET WET WET

4,0
Sortie 1989

Wet Wet Wet, Holding Back the River : la soul blanche d’Écosse au sommet

Au tournant de la décennie, il y a un groupe que toute la jeunesse britannique s’arrache, et il vient encore d’Écosse, de Clydebank près de Glasgow. Wet Wet Wet, mené par le charismatique Marti Pellow, incarne à la perfection cette pop soul sophistiquée et romantique qui fait chavirer les coeurs adolescents. Avec « Holding Back the River », publié en 1989, le quatuor confirme tout le bien qu’on pensait de lui après un premier album triomphal, et signe peut-être son disque le plus abouti.

Le nom du groupe, emprunté à une chanson de Scritti Politti, dit déjà quelque chose de leur musique, fluide, moite, sentimentale. Marti Pellow, beau gosse au sourire ravageur et à la voix de velours, possède tout ce qu’il faut pour devenir une idole. Autour de lui, Graeme Clark, Tom Cunningham et Neil Mitchell forment une équipe rodée, biberonnée à la soul de Détroit et de Memphis, qu’ils transposent avec élégance dans un écrin pop très fin de siècle.

Une mécanique à tubes

Le premier album, « Popped In Souled Out », avait déjà envoyé des fusées comme « Wishing I Was Lucky » et « Sweet Little Mystery », installant le groupe au sommet des ventes. « Holding Back the River » prolonge cette veine avec des singles taillés pour la radio, « Sweet Surrender », « Broke Away » et la chanson titre, qui confirment le savoir-faire mélodique de la bande. Tout ici respire la production luxueuse de la fin des années quatre-vingt, claviers soyeux, choeurs gospel, cuivres discrets, le tout au service de la voix.

Car c’est bien la voix de Pellow qui constitue l’arme fatale du groupe. Capable de murmures caressants comme d’envolées passionnées, le chanteur écossais sait raconter les histoires d’amour avec une sincérité qui désarme la critique la plus snob. Les puristes pourront trouver tout cela un peu trop lisse, un peu trop calibré pour les classements. Mais l’efficacité est indéniable, et l’album s’écoule à des centaines de milliers d’exemplaires.

Avant le raz-de-marée

Il faut replacer ce disque dans sa juste perspective. Wet Wet Wet est alors un immense succès de fin de décennie, surtout au Royaume-Uni, où il rivalise avec les plus grandes pointures de la pop. Pourtant, le titre qui les rendra mondialement célèbres n’est pas encore né. Il faudra attendre 1994 et une reprise inattendue de « Love Is All Around » des Troggs, glissée dans la bande originale du film « Quatre mariages et un enterrement », pour que le groupe explose à l’échelle planétaire et squatte le sommet des hit-parades pendant des semaines interminables.

En attendant cette consécration, « Holding Back the River » représente le groupe dans sa période la plus créative, encore affamé, encore en train de prouver sa valeur. On y sent des musiciens qui aiment sincèrement la soul et qui cherchent à la faire vivre dans un format pop sans la trahir. C’est un équilibre délicat, et Wet Wet Wet le tient avec une grâce certaine.

Les rois de la pop écossaise

Au sein de la vague pop britannique de la fin des années quatre-vingt, Wet Wet Wet occupe une place à part. Là où tant de groupes misent sur l’image et l’attitude, eux possèdent une arme décisive, une vraie culture soul. Les quatre membres se sont rencontrés au lycée, ont appris leur métier en reprenant les classiques de la Motown et de Stax, et cette connaissance intime de la musique noire américaine irrigue chacune de leurs compositions. Sous les dehors lisses de la pop pour adolescentes se cache un savoir-faire réel.

Marti Pellow, en particulier, possède l’un des plus beaux organes de sa génération. Sa voix, capable de passer du murmure soyeux à l’envolée passionnée, évoque les grands crooners de soul sans jamais sombrer dans l’imitation. Sur scène, son charisme et sa beauté font des ravages, et le groupe déclenche des scènes d’hystérie comparables à celles que connaissaient les idoles des décennies précédentes. Wet Wet Wet devient un phénomène de société au Royaume-Uni, autant qu’un groupe de musique.

Il serait facile, et un peu paresseux, de mépriser cette musique au prétexte de son succès populaire. Pourtant, « Holding Back the River » tient remarquablement la route, porté par des mélodies solides et une production impeccable. Le groupe y affirme une identité, un mélange très personnel de soul et de pop britannique, qui le distingue de la concurrence.

On notera aussi le soin tout particulier apporté aux arrangements vocaux, véritable signature du groupe. Les harmonies, les répons gospel, les montées en puissance des refrains témoignent d’une science du chant choral héritée en droite ligne de la grande soul américaine. C’est dans ces détails que se révèle le sérieux d’un groupe trop vite catalogué comme une simple machine à faire rêver les adolescentes, et que « Holding Back the River » gagne ses galons de disque solide et durable.

À l’heure où l’on redécouvre avec tendresse la pop sophistiquée de ces années-là, « Holding Back the River » mérite mieux que le dédain réservé aux idoles pour midinettes. Derrière les minois et les refrains sucrés se cache un vrai groupe de soul, des arrangements soignés et une voix d’exception. Une madeleine pour beaucoup, et un disque solide pour tous les autres.

La note des passionnés

4,0 /5

Pas encore noté

Donnez votre note

Continuer l'exploration

L'anthologie continue

Holding Back the River