Broken English, Marianne FAITHFULL (1979) : la renaissance d’une voix
Marianne Faithfull est revenue de loin. Chanteuse pop dans les années soixante, proche du monde des Rolling Stones, elle traverse une longue période difficile qui éloigne d’elle la scène musicale. Quand elle revient avec Broken English en 1979, chez Island Records, tout a changé : sa voix n’est plus la même – plus grave, plus rauque, portant les traces du temps passé – et ce changement est précisément ce qui rend l’album extraordinaire. C’est une artiste transformée qui s’exprime, et cette transformation est authentique, pas un artifice.
Une voix qui a vécu
La voix de Marianne Faithfull de 1979 est l’opposé de celle de 1964. Là où la jeune chanteuse des années soixante avait une voix claire et légère – belle, mais relativement conventionnelle dans le cadre de la pop britannique de l’époque – la femme de trente-deux ans qui enregistre Broken English a une voix grave, texturée, chargée d’une expressivité qui ne s’invente pas. Elle a vécu des choses et ça s’entend.
Cette voix transformée est le principal instrument de l’album. Mark Miller Mundy, qui produit avec elle, a l’intelligence de la mettre en avant, de la laisser prendre tout l’espace dont elle a besoin sans la noyer dans des arrangements surchargés.
Broken English : le titre comme portrait
La chanson titre est une observation sur la communication brisée, sur les langages fragmentés par lesquels les gens essaient de se rejoindre sans toujours y parvenir. Faithfull chante avec une intensité froide qui est l’opposé de la chaleur conventionnelle de la chanteuse pop. Le texte, provocateur dans sa franchise, est soutenu par un arrangement électronique qui doit au punk et à la new wave tout en créant quelque chose de distinct.
Les arrangements électroniques
L’album utilise des synthétiseurs et des boîtes à rythmes d’une façon qui le place clairement dans son époque – 1979, le moment où ces instruments commencent à remodeler la musique populaire – tout en ne réduisant jamais la musique à un exercice de style. Les arrangements électroniques sont au service des chansons et de la voix, pas l’inverse.
Barry Reynolds à la guitare apporte une texture rock qui équilibre le côté plus froid des éléments électroniques. Son jeu est précis et discret, caractéristique d’un musicien qui comprend que son rôle est de soutenir, pas de se mettre en avant.
Le retour d’une artiste
Broken English est l’album qui réinstalle Marianne Faithfull dans le paysage musical contemporain avec une légitimité totalement renouvelée. Il ne s’agit plus de la chanteuse des années soixante qui revient : il s’agit d’une artiste qui a quelque chose de nouveau et de réel à dire. Cet album le dit avec une conviction et une qualité remarquables.
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