Beauty, Ryuichi SAKAMOTO (1990) : la beauté sans frontieres
Ryuichi Sakamoto est l’un de ces artistes qui refusent toutes les cases. Pionnier de la musique électronique avec Yellow Magic Orchestra, compositeur de musiques de films oscarisé pour Le Dernier Empereur, ce Japonais surdoué navigue entre les genres et les cultures avec une aisance souveraine. En 1990, il publie chez Virgin Beauty, un disque-monde somptueux qui fond la pop, l’électronique et les musiques traditionnelles dans une synthese éblouissante.
Un melange des mondes
Beauty est un véritable carrefour culturel. Sakamoto y convoque les musiques d’Okinawa, les rythmes africains, les harmonies de la pop occidentale, l’électronique de pointe, dans un brassage qui ne sonne jamais artificiel. Cette curiosité insatiable, cet appétit pour toutes les traditions du monde, font de lui un précurseur de la world music la plus exigeante. Le disque voyage sans cesse, d’un continent a l’autre, d’une époque a l’autre.
Une brochette d’invités de reve
Pour servir cette vision, Sakamoto s’entoure d’invités prestigieux et éclectiques. Brian Wilson, le genie des Beach Boys, prete ses harmonies célestes. Robbie Robertson, l’ancien guitariste de The Band, apporte sa patte rock americaine. Robert Wyatt, Arto Lindsay, et bien d’autres, viennent enrichir cette mosaique. Cette réunion de talents venus d’horizons différents incarne parfaitement l’esprit cosmopolite du disque.
Des reprises transfigurées
Le disque ose aussi quelques reprises audacieuses, dont une relecture de « We Love You » des Rolling Stones passée au filtre de l’esthétique sakamotienne. Ces détournements témoignent de la liberté totale du compositeur, capable de s’approprier n’importe quel matériau pour le réinventer. Loin de tout respect révérencieux, il fait de chaque emprunt une matiere premiere pour sa propre alchimie sonore.
L’élégance comme signature
Ce qui frappe dans Beauty, c’est l’élégance constante, le raffinement de chaque arrangement. Sakamoto est un orfevre du son, qui cisele chaque détail avec une précision d’horloger. Les mélodies sont d’une beauté limpide, les textures d’une richesse infinie, le tout baigné d’une sérénité contemplative typiquement japonaise. Le titre du disque n’est pas usurpé : il s’agit bien d’une quete de la beauté pure, par-dela les genres et les frontieres.
Un disque visionnaire
Beauty témoigne d’une époque ou la mondialisation musicale commençait a effacer les cloisons entre les cultures. Sakamoto en fut l’un des artisans les plus brillants et les plus sincéres, animé non par l’exotisme facile mais par un véritable respect des traditions qu’il convoquait. Reécoutez ce disque-monde aujourd’hui : sa vision d’une musique sans frontieres, ou l’Orient et l’Occident dialoguent d’égal a égal, n’a jamais semblé aussi prophétique. Ryuichi Sakamoto, disparu depuis, restera comme l’un des grands passeurs entre les cultures, un humaniste de la note bleue.
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