1995 Album

Wowee Zowee

par PAVEMENT

4,0
Sortie 1995
Artiste PAVEMENT

Voici l’album qui a déconcerté tout le monde, et c’est précisément pour cela qu’on l’adore. En 1995, alors qu’on attendait Pavement au tournant du succès, le groupe de Stephen Malkmus livre « Wowee Zowee », disque tentaculaire, foutraque et génial, qui sabote joyeusement toutes les attentes. Le chef-d’oeuvre mal aimé d’un groupe culte.

Les rois du décalage

Pavement est le groupe indie américain par excellence, celui qui a fait de l’amateurisme apparent, de l’ironie et du laisser-aller une esthétique cohérente. Mené par le chanteur et guitariste Stephen Malkmus, esprit brillant et facétieux, le groupe a marqué toute une génération avec ses chansons de guingois, ses mélodies cachées sous le bruit et ses paroles énigmatiques.

Après le relatif succès de « Crooked Rain, Crooked Rain », qui contenait des morceaux presque accessibles, Pavement aurait pu basculer vers une notoriété plus large. Au lieu de cela, le groupe choisit la fuite en avant et enregistre « Wowee Zowee », un disque éclaté, déstructuré, qui multiplie les pistes courtes et les changements de cap déroutants.

Le désordre comme méthode

« Rattled by the Rush » et « Father to a Sister of Thought » comptent parmi les morceaux marquants, mais le disque se savoure surtout dans son ensemble, comme un parcours imprévisible à travers les obsessions de Malkmus. On passe de fulgurances pop à des plages bruitistes, de ballades fragiles à des éclats punk, sans logique apparente sinon celle du plaisir et du jeu.

Ce refus de la cohérence, déroutant à la sortie, est devenu avec le temps la plus grande qualité du disque. « Wowee Zowee » se révèle peu à peu, dévoile ses trésors à ceux qui acceptent de se perdre dans son labyrinthe. C’est un album qui ne se livre pas du premier coup, qui exige de la patience et de la complicité, et qui récompense magnifiquement l’auditeur fidèle.

L’écriture de Stephen Malkmus mérite qu’on s’y attarde. Ses paroles, faites de jeux de mots, de coq-à-l’âne et d’images surréalistes, refusent le sens immédiat tout en distillant une mélancolie et une intelligence qui affleurent à chaque détour. Il y a chez lui un goût du sabotage, une volonté de ne jamais livrer la chanson parfaite que son talent lui permettrait pourtant d’écrire facilement. Cette esthétique du presque, du décalé, du volontairement imparfait, deviendra l’un des principes fondateurs de tout l’indie rock à venir. Pavement a fait de l’imperfection un art, et « Wowee Zowee » en est le manifeste le plus radical.

Pavement en concert
Pavement, mene par Stephen Malkmus, groupe emblematique de l’indie rock americain des annees 90

Le triomphe à retardement

À sa sortie, « Wowee Zowee » déçoit une partie de la critique et des fans qui espéraient une suite plus directe. Mais le temps a rendu justice à ce disque, aujourd’hui considéré par beaucoup comme le sommet de la discographie de Pavement, l’album où le groupe est le plus libre, le plus inventif, le plus fidèle à lui-même.

Pavement n’a jamais cherché la gloire, et son refus du compromis a profondément marqué la musique indépendante des décennies suivantes. « Wowee Zowee » incarne cet esprit à la perfection : un disque qui préfère l’aventure à la facilité, le jeu à la stratégie, la liberté au succès. C’est précisément ce désintérêt pour les attentes qui en fait une oeuvre si précieuse et si durablement aimée des connaisseurs.

La note des passionnés

4,0 /5

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Wowee Zowee