1989 Album

Puta’s Fever

par La MANO NEGRA

4,0
Sortie 1989

Puta’s Fever, La MANO NEGRA (1989) : la fievre metisse de Paris

Au coeur des annees 80, dans un Paris cosmopolite et bouillonnant, une bande de joyeux insurges invente une musique a leur image : metisse, multilingue, ingouvernable. La Mano Negra, menee par un certain Manu Chao, balance en 1989 Puta’s Fever, un disque qui ressemble a une fete de quartier ou se croiseraient des punks, des immigres maghrebins, des Espagnols exiles et des rockeurs deglingues. Le terme qu’ils inventent pour decrire ce chaos jubilatoire : la patchanka.

La patchanka, mode d’emploi

La patchanka, c’est tout et n’importe quoi pourvu que ca tape et que ca remue. Punk, ska, rai, salsa, rock’n’roll, flamenco : La Mano Negra brasse tout cela dans un grand chaudron survolte. Les chansons passent du francais a l’espagnol, de l’anglais a l’arabe, parfois au sein d’un meme couplet. Cette babel sonore reflete la realite d’une France populaire et bigarree que la chanson officielle ignorait superbement. Le groupe, lui, en fait son carburant.

Mala Vida, l’hymne canaille

« Mala Vida » est le brulot qui resume tout. Chante en espagnol sur un rythme imparable, ce reproche amoureux a une femme qui mene son homme a la ruine devient un hymne repris a tue-tete dans toutes les fetes. La chanson tourne, s’exporte, fait connaitre le groupe bien au-dela de l’Hexagone, notamment en Amerique latine ou Manu Chao deviendra plus tard une idole. C’est le titre qui cristallise l’energie debordante de la bande.

King Kong Five et l’esprit cartoon

« King Kong Five », chante en anglais, joue la carte du rock de cartoon, avec ses cuivres furieux et son refrain imbecile heureux. Le groupe ne se prend jamais au serieux, cultive un humour potache et une energie de cour de recreation. Mais derriere la rigolade, il y a une vraie conscience sociale, une solidarite avec les marges, les sans-papiers, les laisses-pour-compte. La Mano Negra chante la rue, ses combines et ses galeres, sans misérabilisme.

Manu Chao, futur globe-trotteur

Au centre de l’ouragan, Manu Chao trace deja les contours de ce qu’il deviendra : le troubadour mondialise, le chantre d’une humanite sans frontieres. Sa voix nasillarde et chaleureuse, son sens du slogan qui s’accroche, sa boulimie de sonorites venues de partout : tout est deja la. Puta’s Fever est en germe l’aventure de « Clandestino » et des disques solo qui feront de lui l’une des figures musicales les plus aimees de la planete.

Un disque qui sent la sueur et la liberte

Reécouter Puta’s Fever aujourd’hui, c’est retrouver intacte l’energie d’une epoque ou la musique pouvait encore etre une fete sauvage et politique a la fois. La Mano Negra n’aura dure que quelques annees, consumee par sa propre fougue, mais elle aura laisse une empreinte profonde sur le rock metisse europeen. Ce disque demeure un manifeste de joie et de fraternite, un grand bordel organise qui donne envie de sauter et de crier. La patchanka n’est pas morte : elle vit dans chaque groupe qui ose melanger les langues et les genres sans demander la permission.

La note des passionnés

4,0 /5

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Puta’s Fever